Magenta - Home

13/12/2006

Par Jean-Philippe Haas

Label: F2 Music

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Soyons lucides : il n’est plus très judicieux d’associer le terme « progressif » aux représentants actuels de la frange « classique » du genre. Qu’il s’agisse des survivants du néo prog’ ou des vieux routards des années soixante-dix, le coefficient d’évolution de leur musique est en moyenne proche du néant intersidéral. Mais bien qu’ayant fait le choix de ce classicisme, Magenta peut se targuer de n’avoir jamais proposé la même recette depuis ses débuts en 2001.

Alors que Revolutions était une sorte de gigantesque compilation de ce que le rock progressif offrait dans les années 70 et 80, Seven prenait ses distances pour offrir des compositions plus accessibles, plus courtes (pas « courtes », plus courtes !) et – un tantinet – plus personnelles. Sans parler de deux EP qui exploraient la facette la plus immédiate du groupe. C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui est privilégié dans Home : des chansons aux structures simples, basées sur la mélodie, l’efficacité, l’émotion surtout. Ici, les poncifs du prog à l’ancienne se font plus discrets qu’auparavant. L’auditeur venu chercher des titres complexes, à tiroirs, dépassant le quart d’heure en sera partiellement pour ses frais. Mais alors où donc est passé ce groupe de prog rassurant, aux côtés duquel tout amateur de non-prise de risque pouvait s’endormir paisiblement, sans crainte d’une mauvaise surprise ?

Rétablissons tout de même la vérité : Home contient de nombreux éléments caractéristiques du prog classique. Le « concept » tout d’abord, si cher aux fondamentalistes du genre : l’histoire d’une femme quittant son Angleterre natale, à la recherche d’un lieu qui serait en adéquation avec ses aspirations. Ce seront les Etats-Unis et plus particulièrement New-York, où elle connaîtra une descente aux enfers avant de réaliser finalement que sa chère ville de Liverpool lui manque. Par ailleurs, du point de vue musical, certains titres restent très « progressifs » dans le sens traditionnel du terme. L’enchaînement de « Brave New Land » qui évoque effrontément Genesis avec « The Journey », à classer aux côtés du Yes le plus mélodique, rassurera les inconditionnels de ces deux groupes. De même, « Joe » comblera ceux qui considèrent qu’un titre de moins de dix minutes sans plusieurs thèmes n’est pas progressif. Enfin, on retrouve des sonorités typiques, qu’il s’agisse des envolées de guitare évoquant Gilmour et Howe ou de la profusion de claviers (Hammond, Mellotron, …).

Néanmoins, Home est bien plus axé sur l’impact immédiat que ses prédécesseurs. En témoignent de nombreuses chansons courtes, souvent très calmes (« This Life », « My Home Town », « Towers Of Hope », « Morning Sunlight », « Home »), ou très directes, à la structure plutôt simple (« Moving On », « Demons »), qui n’ont d’autre ambition que celle de véhiculer une émotion brute, les états d’âme de l’héroïne dans son périple.

Home prend très discrètement ses distances avec les clichés du prog tout en ménageant le nostalgique d’une époque révolue. Mais chassez le naturel, il revient au galop ! En composant « New York Suite », CD bonus de l’édition limitée, Rob Reed aura sans doute voulu calmer ses démangeaisons progressives et/ou satisfaire ceux qui avaient apprécié les deux précédents albums de Magenta. Et quelles que furent les raisons qui ont animé son leader, ce titre est une franche réussite, du haut de ses quarante minutes. Non qu’il contienne de surprenantes innovations ou qu’il déroge aux règles établies par ses illustres ancêtres, mais il ne génère pas l’ennui, caractéristique qui ne peut être revendiquée par tous les morceaux du même acabit. « New York Suite » contient beaucoup de Marillion, un peu de Pendragon, de Genesis, de Yes… et du Magenta aussi, fort heureusement. Un « bonus » (sacré bonus !) qui s’intègre dans le concept de l’album et qui permettra à nos amis traditionalistes d’éponger leurs suées.