Devin Townsend - Synchestra

12/02/2006

Par Julien Damotte

Label: InsideOut Music

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Chaque nouvel album du Canadien est un véritable voyage. Que se soit avec Strapping Young Lad ou en solo, Devin Townsend a toujours su transporter l’auditeur vers de nouveaux horizons. Dès le premier titre acoustique, « Let It Roll », qui accueille l’auditeur avec douceur dans le monde Townsend, on sait que le voyage Synchestra sera très différent des autres.

Après un album très froid comme Alien (dernier album en date de Strapping Young Lad), Devin a voulu revenir à quelque chose de plus terrestre et de plus chaleureux. Toute agressivité est ici contrôlée et est mise au service de la mélodie. La production dessert les mêmes objectifs et renforce le côté humain du disque. L’originalité de Devin Townsend lui donne la capacité d’emmener l’auditeur là où il ne l’attend pas, de surprendre tout en continuant de distiller ses touches de génie. De ce côté-là, Synchestra est plus que réussi puisque la « patte » Devin est omniprésente tant au point de vue sonore qu’au point de vue de la composition. Mais le Canadien sait aussi surprendre et innover, comme dans l’interlude country de « Triumph » ou le déjanté « Vampolka ». En outre, les riffs sont plus incisifs et accrocheurs que jamais, comme celui de « Vampira », véritable point d’orgue de l’album.

Ce côté plus direct, déjà présent dans Accelerated Evolution, montre là une autre facette de son personnage. Le morceau caché « Sunshine And Happiness » ou le morceau d’introduction « Let It Roll » sont la preuve parfaite que Devin a parfois besoin de sobriété. Toujours dans la douceur, « Mental Tan » est un véritable havre de paix, tout comme le léger et aérien « Sunset ». Cette douceur contraste avec le riff ravageur de « Notes From Africa », entre autres. Néanmoins, ce dernier morceau, malgré une ligne mélodique et un chant très inspirés, souffre de longueurs, tout comme le dispensable « Gaia » ou l’inégal « Judgement ». Il est également bon de noter qu’au fil des albums, Devin affine son travail de producteur. Avec Synchestra , il a su trouver le juste équilibre entre densité et efficacité. Reste encore à épaissir le son de batterie, seul point noir de cette production presque sans faille. Quant à la voix unique du canadien, elle est toujours aussi magistrale, puissante et expressive comme dans le bien nommé « Triumph », véritable reflet du génie de Townsend avec comme cerise sur le gâteau un solo de l’inimitable Steve Vai.

Chaque album prenant une direction différente des autres, il y aura sans aucun doute avec Synchestra un lot de déçus et d’insatisfaits qui reprocheront à Devin de ne pas parvenir à refaire un Ocean Machine ou un Terria. Mais est-ce vraiment ce que l’on demande à un artiste de la trempe de Townsend ? Serait-ce vraiment intéressant pour son public comme pour lui ? Avec cet album, Devin Townsend est parvenu à innover dans la continuité de son œuvre, et c’est déjà une bonne raison de le découvrir de toute urgence.

Synchestra existe aussi en coffret avec un DVD bonus un peu particulier sur lequel le groupe interprète huit titres cultes en studio, donc avec un son très (trop ?) propre et des effets visuels d’un goût discutable. Mais les versions proposées ne sont pas forcément identiques à celles du disque (notamment au niveau du chant), et même si l’on aurait préféré un vrai concert, ce DVD bonus se laissera regarder avec plaisir et permettra aux néophytes de découvrir la musique de Devin.