Camel - The Snow Goose

26/09/2005

Par Djul

Label: Decca

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Arrivé en 1972, soit un peu tardivement dans la course effrénée que se menaient à l’époque les formations progressives des années soixante-dix, Camel reste un concurrent mésestimé. Beaucoup de ses albums sont de véritables chefs d’œuvres, mais c’est (Music inspired by) The Snow Goose qui restera à la postérité, et dans le cœur de bien des fans.

Il s’agit pourtant d’un disque entièrement instrumental, contrairement au reste de la production du groupe, et dans une veine très classique. C’est là ce qui prouve la force évocatrice de ce concept album, inspiré d’une histoire écrite par Darel Gaellico. Ce dernier refusa de concéder ses droits, assimilant le groupe à la marque de cigarettes, ce qui provoquera l’apparition du sous-titre Music inspired by.

Après deux albums au succès mitigé, Camel se lance dans l’écriture du fameux troisième disque, celui qui décide souvent d’une carrière. Alors qu’Andy Ward et Doug Ferguson voulaient adapter The Snow Goose, Peter Bardens souhaitait s’occuper de Steppenwolf, avant que Latimer ne décide du projet à mener. Le guitariste, s’affirmant déjà comme le meneur du groupe, s’attellera, avec Bardens, à l’écriture de la majeure partie de cette production.

Le groupe fait preuve ici d’une cohérence étonnante pour livrer un progressif de haute volée. Première illustration de cet état de grâce, le doublé « Rhayader » / « Rhayader Goes to Town », où Latimer offre un solo floydien – adjectif très réducteur vu le talent du guitariste – porté par tout le groupe, et notamment Bardens aux claviers et au Moog. Entre les morceaux-phares de cet album de seize titres, beaucoup de transitions viennent intelligemment se placer, comme l’acoustique « Sanctuary » ou le très orchestré « Friendship », aux accents baroques.

Le ton varie fortement entre chaque morceau : des thèmes pastoraux (« Fritha ») s’enchaînent avec des ambiances plus sombres (« The Great Marsh », « Rhayader Alone ») ou atmosphériques (« The Snow Goose »), et les tempi sont assez lents. Certains morceaux très rythmés permettent néanmoins de conserver l’attention de l’auditeur.

Les mélodies sont assez typées seventies, avec tout ce que cela comporte d’innocence : Camel est un peu à la musique ce que les naïfs sont à la peinture. Ce trait de caractère pourra d’ailleurs en rebuter certains, tant le groupe s’inscrit ici dans son temps. Ce serait néanmoins passer à côté de ce tour de force, où chaque idée apporte une image, une atmosphère, ce que finalement très peu d’albums instrumentaux ont su faire.