Klaus Schulze - Dig It

18/05/2005

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: InsideOut Music

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Klaus Schulze est le papa du Krautrock, dont la réputation n’est plus à faire, comme celle de la choucroute. Il est aussi l’un des fondateurs de l’école de musique électronique de Berlin qui a servi de terroir à l’éclosion de groupes comme Ash Ra Tempel ou Tangerine Dream (voir notre chronique de Picture Music). La division Revisited Records du label Inside Out sort une floppée de vieilleries krautrockienne en version Deluxe digipack avec superbes livrets, morceaux remasterisés et autres boni : de quoi ravir tout fan qui se respecte, s’il en reste encore. Dans le cas de Dig it, c’est un DVD qui se trouve fourni en plus, s’il vous plaît !

Dig It est le premier album du maître joué et enregistré totalement avec un ordinateur, le G.D.S. Un vocoder intervient aussi ici ou là de manière à bidouiller les voix pour les rendre quasi incompréhensibles, comme sur « Death of an Analogue », morceau au titre bien sympathique pour un album tout électronique.
Ecouter cet album est une véritable séance de torture, un peu comme les séquences de soins contre l’Ultraviolence d’Orange Mécanique mais avec le résultat inverse. Il faut en effet être sacrément en forme, pour pouvoir ingurgiter Dig It sans s’endormir au bout de quinze minutes. La faute en revient justement pour l’essentiel à ce parti pris tout-électronique, des rythmiques répétitives et ennuyantes, des sons de synthétiseurs qui sont tout sauf chaleureux ! De plus, le morceau bonus de ce premier CD, « Esoteric Goody », une succession de bruitages électroniques divers de vingt-huit minutes, achève d’achever !

Faut-il toutefois jeter cet album aux orties ? Hé bien non, amis lecteurs ! Son DVD bonus le rend même quasiment indispensable ! La « Linzer Stahlsinfonie » est un morceau d’une heure filmé par la télévision autrichienne lors d’un concert de Schulze en ouverture des « Ars Electronica » de Linz le 8 septembre 1980. Schulze, avant Jean-Michel Jarre, s’est lancé dans des concerts de grande envergure pouvant être entendus par toute une ville.
En effet, les bruits de l’aciérie Voest-Alpine étaient reproduits en direct dans la salle de concert. De plus, des enceintes ont été disposées un peu partout dans la cité de Linz : le résultat est tout simplement hallucinant ! Le DVD commence par des sons étranges de fonderie et l’on voit l’acier en fusion se déverser dans d’énormes moules ! Schulze, en habit d’ouvrier avec casque de protection, utilise encore ses instruments analogiques comme ce monstrueux Moog, et se trouve accompagné par Fred Severloh à la percussion. Imaginez une symphonie faite de sons stridents, de lignes musicales a-mélodiques au possible, un mélange de Floyd de « A Saucerful of Secrets » et de tôles froissées, le tout agrémenté d’images, certes un brin datées, mais qui seyent terriblement bien à la musique. Hallucinant !

Les fans de ce genre de musique s’y retrouveront à merveille. Les autres non, c’est sûr. Mais le visionnage de ce DVD vaut le détour même si, certes, le son n’est que stéréo, comme d’habitude chez Inside Out. A défaut, des substances prohibées auraient pu magnifiquement vous aider à plonger dans cet univers de tôles frappés et de magma en fusion. Sans ce DVD bonus, Dig It vaut un bon 3, maximum.