Klaus Schulze - Picture Music (rééd)

17/05/2005

Par Djul

Label: InsideOut Music

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Dans le cadre des rééditions par Inside Out des œuvres de deux pionniers de la musique progressive allemande, à savoir Klaus Schulze et Amon Düül II, attachons nous à Picture Music, troisième disque solo de Schulze, enregistré en 1973 mais sorti seulement en 1975 en France. Pour rappel, Schulze a participé aux deux seules formations électroniques européennes de la fin des années soixante et début des années soixante-dix, à savoir Tangerine Dream, dont il est le batteur en 1969, et Ash Ra Tempel, qu’il a fondé. Le claviériste – il le devient vraiment vers 1971 – 1972 – s’amuse d’ailleurs, dans les notes du livret de cette édition, à rappeler le contexte musical de l’époque, dans lequel la musique électronique était absolument confidentielle, les seuls milieux ouverts à cette musique étant certains festivals « arty » » fortement politisés à gauche ! C’est ainsi que ce disque sortit dans un certain anonymat, car écouter une musique réalisée intégralement à base de claviers ARP Odyssee et d’un orgue Farfisa n’était pas alors chose courante. Pourtant, s’il est avéré que l’Allemand est un pionnier en la matière et que ses sonorités novatrices n’ont pas tant vieilli que cela, le tout reste incroyablement hermétique et, disons-le, « a-mélodique » .

Enchaînements de bruits et gazouillis électroniques divers, sur fond de claviers planants à la Richard Wright, cette œuvre rappelle, mais dans un cadre entièrement électronique, ce que Steve Reich ou Terry Riley produisaient déjà. Les deux titres du disque original sont donc basés sur des circonvolutions sans fin de notes aux imperceptibles changements instillés au fur et à mesure, de sorte qu’il est quasi-impossible de « suivre » la trame du morceau. Celui-là, il faut le reconnaître, n’avance d’ailleurs pas beaucoup sur vint à vingt-cinq minutes : le premier est « rythmé » par une sorte de battement électronique, l’autre ressemble au passage central d’ « Echoes » de Pink Floyd, que chacun passe en accéléré sans oser le dire à ses amis progueux. Et c’est là que le bât blesse : écouter ce disque de manière impliquée est quasi-impossible, à moins d’avoir ingurgité au préalable :
– réponse A : des substances illicites
– réponse B : une dose massive de tranquilisants

N’évoquons même pas « C’est Pas La Même Chose », qui est une version longue de… « Totem ». Reconnaissons à Klaus une certaine autodérision dans ce titre farceur !

L’intérêt historique de ce disque est indéniable, et les sons, de plus de trente ans d’âge, pourraient servir de base aux échantillons de certains Aphex Twin et autres Boards of Canada. Mais cette jeune génération a compris qu’il fallait désormais retenir un format court pour développer de telles idées et ajouter un minimum de rythme, au risque de lasser – ou rendre fou ! – un auditeur disposant de toute sa lucidité. Reste un magnifique livret « daliesque » et des notes de productions très précises qui constituent un des atouts de cette réédition . Pour le reste, nous vous invitons à jetez un œil sur les autres chroniques des disques de Schulze, à venir rapidement dans nos pages.