Procol Harum - Shine On Brightly

11/05/2005

Par Pierre Graffin

Label: Westside

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Principalement composé de Matthew Fisher à l’orgue, de Gary Brooker au chant et de Trevor Rabin à la guitare (Keith Reid se chargeant des textes), Procol Harum sort presque de nulle part en 1967, tout comme son nom d’ailleurs dont personne ne connaît vraiment l’origine, pas même les intéressés ! Les spéculations sont allées bon train, depuis le nom du chat de leur mentor, Guy Stevens, ou celui d’un obscur roadie/dealer, jusqu’à la (mauvaise) traduction latine du mot « procul » signifiant littéralement « loin de toutes ces choses ». Laissons cela à la légende et préférons à l’option du chat ( !), celle de « loin de toutes ces choses » qui, à l’image de Shine On Brightly, leur correspond plutôt bien…

La tâche de ce toujours difficile deuxième album n’est pas des moindres : succéder à l’immense premier album et son succès planétaire : « A Whiter Shade Of Pale ». Mais contrairement à ce que beaucoup de groupes essayèrent de faire plus tard, souvent en vain, Procol Harum a l’intelligence de ne pas chercher à réaliser ce qui ne serait de toutes façons qu’une pâle copie de leur immense tube intemporel. « Quite Rightly So » en prend d’ailleurs le contre-pied total et donne le ton de ce Shine On Brightly : débridé, expérimental et grandiloquent, toujours habité par la verve lyrique et aigre douce de Keith Reid mais aussi par la voix plaintive et incomparable de Gary Brooker. Le Hammond, si facilement reconnaissable de Matthew Fisher, devenu d’ailleurs véritable marque de fabrique du groupe, parcourt l’album de bout en bout, tour à tour enjoué ou plus solennel.
Mais la pièce maîtresse de ce disque pour tout fan de progressif, est incontestablement le gigantesque – Yes étant encore balbutiant – « In Held Twas In I », de plus de dix-sept minutes, introduit par la voix d’outre tombe de Gary Brooker, déclamant sur des nappes sonores très orientales une poésie sombre et magnifique, rappelant d’ailleurs furieusement Jim Morrison. Le titre, complètement décalé et beaucoup trop long à l’époque, sera mal compris. Il s’agit pourtant là d’un des tout premiers véritables morceaux de rock progressif, alambiqué mais bourré de créativité et d’imagination. Un hommage tardif, mérité et très personnel lui sera d’ailleurs rendu trente-deux ans plus tard, sur le premier album du groupe hybride Transatlantic.

Shine On Brighlty transforme donc l’essai et la presse d’alors ne tarit pas d’éloges sur ce disque à la fois incomparable et complètement ancré dans son époque. Incomparable car inimitable – et toujours inimité – et ancré dans son époque car purement psychédélique, à l’image de sa pochette, d’ailleurs, dans la lignée d’un Sergent Pepper’s ou d’un Piper At The Gates Of Dawn, en plus emphatique. Effectivement « loin de toutes ces choses », Procol Harum finira par trop s’en éloigner et sombrera dans la facilité de l’auto parodie après Grand Hotel.