Shadow Gallery - Room V

10/05/2005

Par Dan Tordjman

Label: InsideOut Music

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Chaque album de Shadow Gallery pourrait parfaitement s’appeler Désiré vu le rythme auquel les Américains sortent leurs disques. Faisons le calcul : treize ans pour cinq albums, cela revient à une nouvelle livraison tous les deux ans et demi… sauf cette fois : Room V a une année de retard par rapport à ses grands frères !

On se souvient du fait que Legacy n’avait pas fait l’unanimité auprès des fans, tant l’album était inégal. Il s’avère que Room V est annoncé comme un prolongement du fameux concept album Tyranny, sorti en 1998 et largement salué. Le pari est donc le suivant : Shadow Gallery peut-il, avec cette suite, peut faire mieux que le modèle ? Il semble que les forces en présence sur ce disque arrivent à faire pencher la balance du bon côté : ça joue bien plus que sur Legacy ! On sent notamment que les guitaristes Brendt Allman et Gary Wherkamp s’en sont donnés à cœur joie !

Sans trop rentrer dans le concept, on retrouve des éléments et thèmes récurrents au premier chapitre de la saga imaginée par la Galerie des Ombres, comme sur “Manhunt“, “Comfort Me“, qui reprend des lignes vocales et des mélodies de “Roads Of Thunder“, ou encore “The Andromeda Strain“, que l’on peut associer à “Mystery“ sur Tyranny. La formule ayant payé, une pléthore d’invités apparaît sur cette nouvelle production : Laura Jaeger, déjà présente sur le premier volet, aux cotés cette fois-ci de – excusez du peu – Mark Zonder (Fates Warning) et Arjen Lucassen (Ayreon). Sympathique casting… Ajoutez à cela de courts interludes instrumentaux allant d’un extrême musical à l’autre : piano / voix pour “Lamentia“, énervé pour “Death Of A Mother“ et “Birth Of A Daughter“…

Cela se sait, Queen, Rush et Pink Floyd sont les trois influences les plus flagrantes de Shadow Gallery. Déjà assez flagrantes par le passé, ces sources d’inspiration se voient – ou plutôt se font entendre – avec force ! Tout en étant lourdes, “The Andromeda Strain“, “Room V“ sentent l’influence de la Reine à plein nez. “Vow“ et “Torn“ se veulent être des hommages plutôt réussis au Floyd et notamment à “Have a Cigar“ et “Wish You Were Here“ avec ses guitares lentes. Mais Shadow Gallery, s’il est a l’aise dans les titres épiques, sait également écrire des refrains très accrocheurs comme sur l’éponyme “Room V“. La recette est simple : des chœurs très touffus et des mélodies ciselées par le perfectionniste Carl Cadden-James. Ce sont ces chœurs et ces mélodies qui font la marque de fabrique de la formation : géniaux pour certains, grossiers et fades pour d’autres, qu’on aime ou pas on ne peut rester indifférent face à tant de grandiloquence et d’exubérance. Cette démesure musicale laisse place enfin à une certaine noirceur et un côté symphonique plus présent que par le passé, sur « Rain », qui clôt avec brio le chapitre IV.

Cependant il y a une ombre au tableau qui n’a jamais disparue de la… galerie justement : il s’agit d’une production qui gâche un peu le résultat final et étouffe des instruments qui ne demandent qu’à respirer à pleins poumons. Pourtant Jeff Glixman n’est pas un inconnu : il a travaillé avec Gary Moore, Kansas et Black Sabbath ! Une petite frustration qui n’empêchera cependant pas Room V, après s’être longuement fait attendre, d’habiter vos platines cd et vos baladeurs et ce, pour un long moment. Jeter Tyranny aux oubliettes ? Vous n’y pensez pas. Le jeter après l’écoute de Room V ? Ça se discute…