Divers (Colossus) - The Spaghetti Epic

06/02/2005

Par Justin Poolers

Label: Colossus

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Votre mission : composer un morceau progressif d’au moins vingt minutes dans la tradition des années soixante-dix. Les figures suivantes vous sont imposées : instruments d’époque obligatoires, et votre musique devra évoquer les œuvres d’Ennio Morricone et de Sergio Leone. Si vous acceptez les clauses du contrat, le fruit de votre travail figurera sur un double album nommé Six Modern Prog Bands for Six ’70 Prog Suites aux côtés de cinq autres groupes. Prêts ? Partez !

Voilà donc une nouvelle idée de Colossus, spécialiste du genre qui, après le Kalevala de 2003 déjà dans nos pages, tente de faire revivre le prog d’antan à coups de censure à la modernité.
Ce qui, avec une charte pareille, aurait pu tourner en eau de boudin, ne se révèle cependant pas catastrophique. Il faut dire aussi que l’on sait d’office à quoi s’attendre grâce au titre très explicite de l’album : n’achètera ce disque que le nostalgique de cette époque de l’histoire du rock. Ce double album est donc rempli jusqu’à la glotte de prog-typé-vieux. La musique n’en est ni très bonne ni très mauvaise : elle est agréable, progressive, bien exécutée, mais sans surprises, les six groupes se partageant le gâteau n’ayant peut-être pas gardé leurs meilleures idées pour un projet parallèle. L’exercice du morceau forcément long a aussi malheureusement poussé les musiciens à étirer leurs idées jusqu’à l’inutile parfois, mais est-ce leur faute ? Le boulanger, s’il n’a que deux cents grammes de pâte, peut aussi vous faire une flûte si vous la lui demandez…

Sur six formations, trois sont italiennes, une finlandaise, une hollandaise, et la dernière, La Voce Del Vento, n’est autre que la paire Manning/Tillison de The Tangent, dont le morceau « Harmonica » fait remonter le niveau général de l’album bien que Tillison chante de façon aussi peu convaincante que d’habitude. On sent là, par rapport aux autres titres, plus de professionnalisme et une meilleure connaissance de l’art « épique ». Le tout reste très bien présenté, agrémenté d’un livret de soixante pages contenant les biographies des groupes, une présentation de l’œuvre de Leone et une bande dessinée Il Etait Une Fois Dans l’Ouest très bien faite. La production quand à elle est globalement bonne et curieusement homogène étant donné que chaque groupe s’est enregistré lui-même.

Si l’art peut être transcendé par une auto-censure, le risque de trop canaliser l’inspiration peut être fatal à l’œuvre. Que penser de cet album dans ce cas ? Hommage grandiose ? Caricature ridicule ? Il est possible que deux camps s’affrontent à ce sujet. On peut laisser là le débat et se poser une autre question : quel besoin d’obliger les groupes à dépasser les vingt minutes par chanson ?