Dream Theater - Train of Thought - 2

14/11/2003

Par Julien Negro

Label: Warner Music France

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Voici enfin le nouvel album des prodiges du metal progressif, du groupe qui a donné toutes ses lettres de noblesse au style et qui était incontestablement maître du genre jusqu’à aujourd’hui : Dream Theater. Que de battage médiatique d’ailleurs autour de ce disque ! Titres gardés secrets (en vain), informations délivrées au compte-gouttes et premier single très controversé : la main-mise de John Petrucci et plus encore de Mike Portnoy sur tout ce qui touche au groupe se fait de plus en plus sentir, et ce sont encore les deux gaillards qui se sont chargés de la production. Des guitares surpuissantes (trop ?), un clavier souvent en retrait et un son de batterie digne d’une formation thrash metal sont les caractéristique d’un son qui se veut à la fois clair et décapant.

« As I am », premier titre de l’album et seul « single » accordé aux radios par le groupe en guise d’amuse-gueule, avait déjà fait couler beaucoup d’encre, et les six autres titres de ce Train of thought viennent ajouter leur lot d’interrogations. La composition s’est particulièrement radicalisée, à l’image du morceau d’ouverture : riffs de guitare simples et très épurés (« Endless sacrifice », « Honor thy father » pour ne citer qu’eux), indéniablement inspirés par la scène neo metal, lignes de chant et refrains souvent pompeux et manquant cruellement d’originalité (« As I Am », « In the name of god ») et parties instrumentales lorgnant excessivement vers un Al Di Meola sous amphétamines (gammes et accords de « Stream of consciousness ») et surtout vers… Metallica !
Tout comme le fameux single, chaque morceau ou presque rappelle de manière bluffante les classiques des « Four Horsemen ». De « Damage inc. » (que le groupe reprenait d’ailleurs il y a quelque temps) sur « Honor thy father » à « Fade to black » ou « The call of Ktulu » sur « Stream of consciousness » pour n’en citer que quelques-uns, chaque titre apporte ses similitudes et ses lacunes de construction, pour nous proposer au final un mélange curieux et… manquant véritablement d’inspiration ? Etait-il nécessaire, par exemple, de reprendre une des parties de guitare de « The glass prison » sur « This dying soul », qui reste tout de même le seul titre original de l’ensemble ?

Bref : Dream Theater vient de publier un album de Dream Theater, récapitulant tous les tics, toutes les marques de fabrique de Dream Theater mais revisitées selon l’air du temps et qui, après 6DoIT marque un nouveau tournant, une nouvelle radicalisation dans l’écriture des Américains. Se repose alors le débat de l’emprisonnement dans son image d’un groupe qui a su, en son temps – voilà plus de dix ans déjà – synthétiser un style et aujourd’hui s’en affranchit peut-être rudement.
6DoIT avait divisé, ToT en cela en est le digne successeur : les amateurs de phrasés petrucciens seront condamnés au shred intensif, parfois même inutile, quand les aficionados de la guitare-héroine trouveront un nouveau maître du speed. Les fans de mélodies changeantes devront s’acclimater à la rythmique répétée et assenée en espérant qu’à force elle devienne hypnotique. Il faut s’y faire : le descendant espéré par beaucoup d’Images & Words, d’Awake ou de Change of Seasons, que l’on sentait venir avec Scenes From a Memory, ne sera pas Train of Thoughts. Aussi, à l’intention des fans qui auront acquiescé à ces lignes, accolons la mise en garde suivante : ce disque peut décevoir parce que trop attendu.

Certes, Train of thought ravira les fans de Metallica, les amateurs de Dream Theater d’obédience néo-metal ou encore de jeunes têtes brûlées fans de Mudvayne et autres Slipknot voulant découvrir ce qu’est le metal progressif de nos jours. Pour les autres, ce disque à mi-chemin entre plagiat et auto-parodie risque fort d’être celui de la rupture.