Saga - Marathon

11/02/2003

Par Djul

Label: Steamhammer

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Dire de Saga qu’il est entré dans un cercle vertueux depuis cinq ans est un euphémisme. Depuis Full Circle justement, le groupe n’a fait que gagner en confiance après une décennie en demi-teinte, retrouvant son ancienne formule magique de composition : duo de guitares et de synthés, rythmiques pleines de groove et une voix très maniérée. C’est donc un style reconnaissable entre mille, comme l’attestent les « Chapters », pièces d’une histoire que Saga raconte, égrenées par trois à chaque album depuis… le premier ! Full Circle sonnait donc le rappel, House of Cards confirmait ce retour en force, et Marathon n’est ni plus ni moins que l’accomplissement d’une course de fond commencée 25 ans auparavant. Rien que ça !

Saga 2003, c’est Saga larger than life : encore plus de technique, plus de riffs alambiqués, plus de production et plus de rage. Certes, et il faut le signaler, Saga a perdu une partie de sa démarche expérimentale débutée au milieu des années 80, et dont l’aboutissement fut le concept Generation 13. En réponse aux détracteurs du groupe : oui, bien sûr, cela sonne un peu daté. Mais la modernité de ces musiciens peut se retrouver dans la production, voire dans certains titres – l’étonnant « Rise and Shine », presque électronique ou « Marathon » dont le rythme rappelle « Just let me breathe » de Dream Theater. Surtout, le talent de composition n’a jamais été aussi évident : chaque titre est calibré, concis, allant à l’essentiel. Sadler est un plaisir au chant, avec sa voix profonde, à l’aise dans tous les domaines (registre clair sur « Breathing lessons », enlevé sur « Return to Forever »), parfois appuyée par des chœurs, le duo Gilmour/Crichton n’a jamais tant été à la fête, comme sur le technique « How are you ? », et l’interaction des guitares et des claviers en rythmique ne peut être le fruit que de décennies de complicité (« You know I know »).

Signe incontestable d’un grand album, Marathon a un vrai rythme, avec ses morceaux épiques ou heavy, ses passages alambiqués et ses ballades, le tout servi par une production est encore plus millimétrée que pour House of Cards, la section rythmique bénéficiant enfin d’un traitement correct. Voici comment l’un des inventeurs du metal progressif peut redevenir l’un des leaders du mouvement : avec Marathon Saga montre sa capacité à tenir la distance.