Camel - Stationary Traveller

01/10/2002

Par Pierre Graffin

Label: Decca

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Après l’échec commercial de Single Factor qui, malgré ses incontestables qualités musicales et la présence de l’ex-Genesis Anthony Phillips, ne parvint pas à être plus accessible au grand public que les précédentes livraisons du groupe, Camel revient à ses premières amours : l’album concept. Andy Latimer, désormais seul à la composition mais assisté de Susan Hoover pour les textes, s’attelle à la production et à l’écriture de ce disque qui marque, une fois de plus, une étape majeure dans la carrière du groupe. Dixième album studio, Stationary Traveller renoue avec un certain passé dans les ambiances (Mirage, Moonmadness…), mais la comparaison s’arrête là car s’il est peut être un cran au-dessous de Nude, c’est seulement à cause d’enchaînements un peu moins habiles. En revanche, les approches mélodiques sont d’une beauté, d’une concision et d’une efficacité sans failles.

Si l’album traite globalement de l’oppression de régimes totalitaires et de l’annihilation de la liberté individuelle par ailleurs parfaitement exprimées par une pochette à la fois triste et froide, il ne suit pas pour autant une histoire linéaire. Ainsi, l’introduction au Fairlight – synthétiseur mythique de l’époque et généreusement prêté par Kate Bush ! – de « Pressure Points » fait place à la guitare de Latimer curieusement offensive, donnant le ton d’un album qui se fait tour à tour implacable (les polices secrètes de « Vopos » et « Cloak And Dagger Man »), délicat (« Stationary Traveller ») et narratif (« West Berlin », qui évoque un habitant de Berlin Est contemplant l’autre côté du mur depuis les toits).
Le tout est jalonné d’instrumentaux tels que « Missing » (clin d’œil aux heures passées) ou « After Words », qui frôlent la perfection tant au niveau de leur mélodie que de leur interprétation. « Fingertips », délicat, nostalgique et ouaté, est d’une justesse et d’une beauté stupéfiantes, survolé par le saxophone magique de Mel Collins. Le coup de grâce est finalement donné par « Long Goodbyes », pur joyau au refrain imparable… Une fois de plus, Camel réussit à surprendre sans déconcerter et une fois de trop, tout le monde s’en fiche. Un malheur n’arrivant jamais seul, Stationary Traveller sera un nouvel échec commercial et le dernier album du groupe sur le label Decca. A la suite d’épuisants problèmes juridiques, Andy Latimer ira s’installer en Californie où il réussira enfin à donner une suite à l’histoire du grand Camel sur son propre label en 1991 avec le magnifique Dust And Dreams.

Est-il utile de le rappeler ? Latimer est de ces très rares guitaristes d’exception, tel Gilmour ou Clapton, capable de susciter une émotion et de faire montre de son impressionnante maestria sans avoir à se perdre dans de longues démonstrations techniques. Camel est aussi probablement le seul groupe capable de rivaliser avec Genesis sur son propre terrain. Stationary Traveller en est une des plus éblouissantes démonstrations.