Transatlantic - Bridge Across Forever

Sorti le: 01/10/2002

Par Fanny Layani

Label: InsideOut Music

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Ecœurant ! Pour qui se prennent-ils donc, tous ces messieurs, à aligner ainsi cinquante projets, de préférence tous en même temps, et à se permettre de livrer un disque tel que Bridge Across Forever ? C’en devient insultant, à la longue !!! Messieurs Morse, Stolt, Trewavas et Portnoy n’en ont-ils pas assez de rejeter l’ensemble du monde musical à des années lumières de leur petite galaxie par le simple fait de se réunir tous les quatre dans un studio ?

Non contents de donner le plus souvent naissance, chacun de leur côté, à des albums d’excellente facture, ils ont en plus l’outrecuidance de donner à SMPTe un successeur qui finirait presque par le reléguer au rang de jam dans un garage. D’un abord peut-être un peu moins facile, par sa densité autant que sa compacité (les titres font respectivement 26’43, 14’30, 5’32 et 26’06 !), BAF surpasse aisément son grand frère, une fois apprivoisé. Finies les impressions de semi-improvisation qui donnaient parfois, à « All Of The Above » notamment, un petit côté brouillon. Finie aussi la vilaine impression de retrouver, selon les séquences, dix mesures de pur Spock’s Beard puis quinze de Stolt… Cette fois, la cohésion est bien plus importante, du fait notamment de procédés de retours de certains thèmes d’un morceau à l’autre et d’un meilleur partage des parties chantées. Ainsi, si l’on peut par moments jouer au petit jeu de retrouver qui est à la source de telle ou telle idée, l’essentiel de ces quelques soixante-dix-sept minutes de musique est réellement unitaire.
Cependant, si cette identité propre à Transatlantic est bien plus affirmée, cela n’empêche en rien ces quatre garnements de pousser le délire plus loin encore : jam funky en ouverture de « Suite Charlotte Pike », méchant passage heavy sur le magnifique « Stranger In Your Soul »… L’inspiration du progressif façon années soixante-dix est toujours aussi marquée, et en cela, Transatlantic n’innove absolument pas, mais BAF s’autorise également de nombreuses nouveautés : saxophone, chœurs féminins, petits détours du côté des Beatles (« Suite Charlotte Pike » en regorge), et violoncelle (déplorons cependant le piètre traitement du son qui lui donne un aspect extrêmement synthétique). Qui plus est, ce nouvel album baigne dans une bonne humeur et une fraîcheur plus que communicatives, qui n’empêchent en rien la sensibilité des mélodies, comme en témoignent la ballade « Bridge Across Forever », ou la section « Motherless Children », que l’on retrouve sur « Duel With The Devil » et « Suite Charlotte Pike ».

Il est donc tout simplement urgent de sauter sur ce disque, même si la spontanéité et la fraîcheur qui faisaient l’attrait de SMPTe en sont absentes.