Festival Soleil Zeuhl

07/03/2024

Le Zèbre de Belleville - Paris

Par Jean-Philippe Haas

Photos : Christian Arnaud (Vak, One Shot, Rhùn, Free Human Zoo)

Site du groupe : http://www.soleilzeuhl.com/

Setlist :

Setlist Vak : Budo - Explition - Au fond des Creuses - HQuark - Sail / Setlist One Shot : Def MK1 - I Had A Dream (Part III & IV) – Mérovée - Don't ask me why - Mustang - Ewaz Vader - Monsieur G. / Setlist Rhùn : Emëht Um Rhët Sam - Sédalg Rhëvé - Eripme Cirtcele - Henc - Theusz Amstrad - Remoosl - Swodnïw Ëht / Setlist Free Human Zoo : Maniacus – Excipit – L'Île mystérieuse Part 1 et 2 – L'Essentielle Ascension – Les Vasques d'Eau turquoise – Premiers Craquements – Éruption – La Nef des Hommes de l'ombre – Rappel : Klaus Kombalad / Setlist Ghost Rhythms : Agatha - Arcane 11 - Tree Ashes - L’Autre Chose - Tantale - Arcane 17 - Qi lin - La Chose - Horizontal Ascension - Thoughtography - Odradek - Healing - Quinta del Sordo - La Circulaire

Depuis la disparition du festival Rock In Opposition qui se tenait près de Carmaux de 2007 à 2018, les amateurs de musiques progressives radicales n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent, sauf à guetter les tournées aléatoires de leurs artistes favoris qui ne sont évidemment pas programmés dans de grandes salles ou par les circuits « officiels ».Les temps sont durs aussi pour les petits labels, avec l’avènement du streaming et la chute massive des ventes de supports physiques, et ce malgré une certaine résurgence du vinyle. Soleil Zeuhl n’échappe pas à cette crise, comme l’a fait remarquer son créateur Alain Lebon, également promoteur du festival, ce 7 mars en introduction dans la belle salle du Zèbre de Belleville. Mais malgré un contexte peu favorable, la passion des organisateurs et la fidélité indéfectible de ce public de niche ont abouti à une célébration exceptionnelle : les deux soirées de concerts se sont transformées en quatre dates !Si l’affiche était franco-française, les spectateurs, eux, sont venus des quatre coins du monde pour partager ces moments uniques.

Un tel événement dans le microcosme des musiques progressives ne pouvait que faire des émules et c’est Ghost Rhythm qui se joint tout d’abord à la fête en proposant un concert dans la foulée de ceux initialement prévus. Puis, à la surprise générale, le groupe répondant au doux nom de Caillou (et auteur d’un unique album en 2013) se reconstitue peu de temps avant l’événement sous une nouvelle formation qui comprend entre autres Jimmy Top (le fils de Jannick, ex-Magma). Il n’en faut pas davantage aux organisateurs pour ajouter une nouvelle date dans le même lieu, le 6 mars, comme un préambule au festival. Pris de cours, nous n’avons pu assister à cette mise en bouche, mais de l’avis des spectateurs, elle fut mémorable d’énergie !

Dans une salle pleine à craquer, c’est à Vak que revient l’honneur d’inaugurer le bal le lendemain, jour d’ouverture « officiel » du festival, avec « Budo », le très long premier titre de leur denier album éponyme. Sur cette composition tourmentée, essentiellement instrumentale, la rythmique est indéfectible, œuvre de la batterie carrée de Vladimir Mejstelman et la basse grondante de Joël Crouzet. On en ressort à la fois abasourdi et fasciné, le live exerçant son pouvoir hypnotique encore bien davantage que sur disque. Le groupe enchaîne avec « Explition », une nouveauté beaucoup plus atmosphérique où les claviers d’Alexandre Michaan et le vibrato d’Aurélie Saintecroix s’expriment davantage. La chanteuse, par ailleurs très impliquée dans l’organisation, affirme sa présence au fil du concert sur des compositions où elle prend un rôle beaucoup plus central : « Au fond des Creuses » et « HQuark », tirés de Budo (qui est donc finalement joué dans son intégralité) et le final, « Sail », encore un nouveau titre, laissant présager l’enregistrement prochain d’un album. Avec cette ouverture très magmatique, le ton est donné !

Tête d’affiche très attendue de cette première soirée, One Shot est à la fois le plus Magma-esque des groupes invités, de par son pedigree, et le moins perceptiblement influencé par son éminent mentor, évoluant plutôt dans le jazz fusion que dans la zeuhl proprement dite. Le quatuor ouvre les hostilités avec « Def MK1 » et «I Had A Dream (Part III & IV) » deux titres tirés respectivement de Dark Shotet Ewaz Vader où le regretté James Mac Gaw tenait encore la guitare. Le groupe ne l’a d’ailleurs pas remplacé et a opté pour un second clavier en la personne du jeune Bruno Ruder, présent depuis le concert-hommage au Triton, immortalisé sur l’album A James. Suivent trois titres de 111 (soit 7 en binaire, comme l’explique le bassiste Philippe Bussonnet), dernier album en date sorti en 2023, à commencer par Mérovée, composé par la nouvelle recrue. Le dernier morceau est introduit par Bussonnet sous la forme d’un solo de basse dédié à Cliff Burton. Indéniablement, c’est lui qui tient la maison par sa redoutable précision, tandis que ses acolytes plus libres gravitent autour de lui : le batteur Daniel Jeand’heur avec sa frappe non académique proche de celle de Vander, Emmanuel Borghi aux claviers, tout en solos virtuoses et allers-retours avec son acolyte Bruno Ruder. Le public enthousiaste ne s’y trompe pas et salue à tout rompre l’intense performance !

Un peu moins garni mais largement rempli, le Zèbre de Belleville accueille le lendemain Rhùn en ouverture de la seconde soirée, le groupe le plus incontestablement jusqu’au-boutiste du festival. Sombre et angoissante, avec quelques rares éclats lumineux, sa musique peut se décrire comme une version survoltée de celle d’Univers Zéro, axée sur les crescendos, les scansions à trois voix, et traversée par des passages nerveux de violon. Éminemment politisée si on s’en réfère aux dires des musiciens, les compositions de Rhùn ne font aucune concession au spectateur. Littéralement possédé, le visage du batteur Pierre Lebouteiller se tord et se plisse au gré des atmosphères tandis que ses baguettes virevoltent automatiquement, guidant le quatuor