IQ - Tales From The Lush Attic - 2013 Remix

Sorti le: 03/02/2013

Par Jean-Philippe Haas

Label: Giant Electric Pea

Site: www.iq-hq.co.uk

C’est un fait, plus on avance vers un âge vénérable, moins on aime fêter ses anniversaires. Chez IQ, la tendance est plutôt inverse. En 2010, par exemple, les Britanniques célébraient en grande pompe les vingt-cinq ans de The Wake par la sortie d’un luxueux coffret et d’une tournée. Peu de temps après, pour ses quinze ans, ils nous ressortaient Subterranea en vinyle. Aujourd’hui, les voilà qu’ils exhument les bandes d’époque de Tales From The Lush Attic pour donner une seconde jeunesse et remettre en valeur leur album fondateur.

Petit retour en arrière. Dès 1982 et la cassette Seven Stories Into Eight (dont une version améliorée est parue en 1998 en double CD sous le nom de Seven Stories Into ’98), on découvre un groupe franchement différent de ses congénères, qui tempère son rock épique de pop tout en piochant dans le jazz les éléments qui l’intéressent. Sur son successeur, IQ se disperse moins mais continue à faire le grand écart entre suites quasi-symphoniques (« The Last Human Gateway ») et titres ultra-courts (« Through The Corridors ») dont la fraîcheur et l’énergie ne sont pas à l’époque monnaie courante dans le milieu un peu guindé et très codifié d’un rock progressif au point mort.

Si la réédition de The Wake ne méritait peut-être pas quatre disques, le matériel fourni ici (un livret de trente-deux pages, un CD et un DVD qui a les dents du fond qui baignent) est absolument indispensable à l’histoire du néo-prog’. Toutes proportions gardées, ce travail de décrassage est à rapprocher de l’énorme tâche accomplie par Nick Davis sur les coffrets Genesis. Pour s’en persuader, il suffit de faire la comparaison avec le mixage original, fourni en mp3 de haute qualité sur le DVD : plus de tremblotements ou de vagues bruits de fond, le son est rond, lumineux, les subtilités apparaissent. C’est un vrai plaisir d’entendre ronronner la basse de Tim Esau tel un chat repu ou de distinguer enfin les effets utilisés sur le chant de Peter Nichols. Le CD comprend aussi quelques bonus attrayants, comme diverses demos inédites : « Dans le parc du château noir », « Wintertell » et une version instrumentale de « Just Changing Hands » (d’autres variantes de ces deux derniers morceaux figuraient déjà sur The Lost Attic, album de raretés sorti 1999).

Outre les quatre titres filmés très professionnellement lors d’un concert aux Pays-Bas, la traditionnelle galerie de photos et le commentaire audio de Mike Holmes et de Peter Nichols (qui apporte d’intéressants éclairages sur la genèse et le dépoussiérage du disque), le DVD regorge également de réjouissants avenants. Ainsi, l’intégralité de Seven Stories Into Eight est présentée sous sa forme originelle, tandis que des raretés, comme l’ancêtre de « The Last Human Gateway », côtoient demos et idées non utilisées, entre autres festivités. Cerise sur le gâteau pour les geeks, IQ propose à l’heureux acquéreur de mixer lui-même un titre, comme sur la réédition de The Wake. En l’occurrence, il s’agit de « Through The Corridors », dont chaque piste est fournie en format Wave. Cette masse de bonus offre une qualité sonore variable. Selon la source, on passe du calamiteux (rarement), au tout à fait correct (souvent) et à l’excellent (parfois). Les audiophiles n’ayant cure de toutes ces foisonnantes annexes pourront se procurer la version vinyle sur laquelle figure uniquement l’album remixé.

Certes Tales From The Lush Attic vaut ce qu’il vaut, et n’est sûrement pas le meilleur IQ, mais ceux qui ont été conquis éprouveront certainement un regain d’amour pour cette œuvre de jeunesse soigneusement toilettée. En cherchant un peu, on trouve ce magnifique coffret à bas prix sur de grands sites de vente en ligne. Si vous voulez contribuer à l’exploitation de leurs employés par ces multinationales et veiller à ce que les artistes touchent la plus petite marge possible, précipitez-vous sur cette offre alléchante avec la confortable et naïve illusion de soutenir le groupe que vous aimez. Dans le cas contraire, achetez directement à l’artiste, avec la satisfaction que ces quelques euros supplémentaires iront dans sa poche.