Antrabata - Elephant Reveries

Sorti le: 10/08/2007

Par Mathieu Carré

Label: Prikosnovenie

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Dans les notes intérieures de Elephant Reveries, les membres d’Antrabata remercient non seulement leurs proches mais aussi – entre autres – les macarons et le thé brûlant. Vraisemblables fidèles soutiens des heures de création, ils accompagnent aussi idéalement la découverte de cet album, estampillé « trip hop panoramique et scintillant ». Car le périple proposé par le multi-instrumentiste compositeur Régis Aubert, la flûtiste attirée par l’Orient Delphine Delahaye et la sensuelle chanteuse Femke Lavrijssen amène inexorablement l’auditeur à s’asseoir en tailleur sur le canapé, un plaid sur les épaules, une tasse fumante entre les doigts, et pour les plus intrépides, un bon livre pas trop loin.

A travers ce disque, Antrabata « réchauffe » véritablement : bruitages intimistes, petits craquements rappelant autant le vinyle usé que le beurre fondant dans la poêle, se lient à la flûte et à la voix pour faire monter la température. Régis Aubert alterne les samples de cordes envoûtants et le coté froid et mystérieux du trip hop avec force rythmique et rudes réverbérations. Ce mélange s’avère très plaisant. Trop plaisant ? Peut-être aussi, bien qu’il soit délicat d’en faire un reproche. Dès les premières secondes des très réussies premières plages « Please Repeat After Me » ou « Pinpoint », il devient difficile de ne pas penser à Portishead, (« Bar Song » et son introduction pouvant même se trouver en morceau bonus sur Dummy). Aussi douce soit-elle, la voix de Femke Lavrijssen fascine moins que celle de Beth Gibbons. On retrouve une mère rassurant son enfant plutôt que la fragile complainte d’une femme aux multiples fêlures, hormis sur le poignant « Miss Encyclopedia » qui soutient sans coup férir la comparaison.

Il en va de même pour l’apport de la flûte de Delphine Delahaye, agréable et mélodique, mais qui peine à faire valoir autre chose qu’une touche exotique bienvenue. Rappelant plus souvent Mukta, autres Français épris d’Orient, que Hariprasad Chaurasia, le maître Indien de l’instrument, les effluves plaisent, envoûtent parfois mais sortent trop rarement de leur rôle d’accompagnant de luxe et ce d’autant plus que l’intensité tombe progressivement au fil du disque.
Malgré ces quelques reproches, Elephant Reveries reste un disque séduisant ; une production sans faille, des arrangements astucieux et trois musiciens irréprochables en font une agréable découverte qui, par son accessibilité, pourra croiser un large public.