Graham Collier - Hoarded Dream

Sorti le: 15/05/2007

Par Mathieu Carré

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Il fut un temps où la musique semblait moins compartimentée qu’aujourd’hui. A cette époque, le jazz le plus aventureux et le rock progressif canterburyen le plus libertaire partageaient souvent les mêmes terrains de jeux avec entre autres Robert Wyatt, Keith Tippett mais aussi Graham Collier…Souvent oublié, le contrebassiste anglais demeure l’un des pionniers de ces rencontres radicales. A ses côtés ont joué Karl Jenkins, John Marshall ou John Taylor : la pouponnière Collier, avec ses musiciens élevés au bon air de la liberté et nourris à authenticité, un gage de qualité !

Enregistré en 1983 lors du festival de Bracknell, Hoarded Dreams surpasse le simple concert pour devenir une performance musicale collective: aux cotés de l’inamovible trio piano / contrebasse / batterie, pas moins de quatorze soufflants (dont entre autres Kenny Wheeler, John Surman et Tomasz Stanko) et deux guitaristes vont se relayer. Sur quelques thèmes ébauchés par Collier, les improvisations se succèdent : l’orchestre soutient les solistes tel un orgue majestueux et portée par un tel souffle, la formation se mue en équipage intrépide, luttant contre les intempéries.

Le voyage commence par« Five trumpets and a barytone » qui allie improvisations et accompagnement tellurique rappelant parfois le Sun Ra Arkestra. Le résultat enthousiasme et John Surman, baryton en chef y retrouve la fougue des albums de jeunesse comme Tales of the Algonquins. A cette ivresse de puissance succède un étrange relâchement sur « A Ballad and a Walz &nbs;», l’atmosphère électrique du calme avant la tempête s’empare du public. Ed Speight y tisse un solo de guitare aérien alors que tout l’orchestre se met en branle derrière lui jusqu’à ce que l’inévitable orage éclate. Le public exulte, et à juste titre.
L’ensemble perd malheureusement de sa superbe cohérence après ces premières vingt cinq minutes ahurissantes. Les interventions semblent alors moins décisives, plus disparates et comme si l’auditeur en était descendu en marche, il regarde voguer avec nostalgie l’étrange navire. On écoute alors avec respect, on cherche dans le livret les responsables des différentes improvisations (qui y sont toutes dûment répertoriées) mais rien y fait, la magie n’opère plus que par intermittence, comme lors d’un chorus éléphantesque sur « Controlled Freedom » ou de l’énergique « Three Tenors and two Guitars ».

Mais malgré ces quelques écueils, inévitables lors d’une performance de plus d’une heure, Hoarded Dreams remplira de joie les mélomanes les plus aventuriers (le plus difficile étant toujours de se lancer)…En effet la virtuosité et l’engagement définitif de ces musiciens rafraîchissent les oreilles et laissent espérer que de telles réunions soient encore possibles.