Martin Maheux Circle - Sibylle

Sorti le: 25/06/2006

Par Jean-Philippe Haas

Label: Unicorn Digital

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Apollon avait donné le pouvoir de prophétie à sa prêtresse, Sibylle. Ses prédictions s’exprimaient dans un langage énigmatique et quasi incompréhensible pour le commun des mortels. La musique de Martin Maheux Circle serait-elle donc hermétique ? Loin s’en faut, car bien qu’audacieuse, elle n’en reste pas moins accessible pour qui se donne la peine d’y consacrer plus de la minute syndicale, norme actuelle sur un marché de la musique où l’accroche doit être immédiate.

Sibylle s’éloigne assez radicalement de la fusion que le jeune batteur virtuose propose avec Spaced Out. Deux formations se côtoient avec bonheur sur cet album : un quartet de jazz (contrebasse, batterie, piano, trompette) et un quatuor à cordes (violon, alto et deux violoncelles) pour un mélange rafraîchissant de jazz contemporain mâtiné de musique de chambre. Martin Maheux fait montre sur le successeur de Physics Of Light (2002) d’un réel talent de compositeur. Son précédent effort incorporait déjà de nombreux éléments classiques à un jazz moderne et virtuose, c’est maintenant à égalité que les deux styles se livrent bataille.

L’émulsion entre les deux formations est le plus souvent réussie, surtout lorsqu’elles jouent de concert. C’est le cas sur les morceaux de choix de l’album, « Aller Simple » et « Métamorphose » où le mariage entre la solennité des cordes et l’énergie du jazz s’opère magnifiquement. Un violon tantôt impertinent tantôt mélancolique vient donner la réplique au piano ou à la trompette. De son côté, dans un style nettement plus aéré que dans Spaced Out, Martin Maheux livre une nouvelle facette de son talent de batteur. Son jeu fluide et précis n’est que rarement mis en avant. C’est à peine s’il se fait plaisir sur le final d’ « Aller Simple » dans un solo particulièrement inspiré et dénué de toute démonstration technique. Des swings frénétiques aux passages nostalgiques, la combinaison des deux orchestres est savamment dosée, de passages de relais en franche camaraderie. Néanmoins, le mélange n’est pas systématique : les titres « Mauvais Cirque » et « La Danse Des Cadavres » sont presque exclusivement interprétés par le quatuor de chambre tandis que « Résignation » est monopolisé par le jazz.

Cette combinaison innovante donne un cachet tout particulier aux six compositions de Sibylle, un album qui ravira les amateurs de jazz aventureux tout comme ceux qui souhaitent simplement élargir leur horizon musical. Espérons que la prêtresse prédise un avenir radieux à Martin Maheux, musicien atypique et polymorphe.