Andy Emler - No Solo

28/08/2020

Par Chrysostome Ricaud

Label: La Buissonne

Site: https://www.andyemler.eu/

No solo nous annonce le titre de l’album, comme pour nous avertir par la négation que si le pianiste n’est pas accompagné ici de son fabuleux MegaOctet, il n’en est pas moins bien entouré ! Après deux compositions pour piano seul, les invités se succèdent sur les sept titres suivants, et témoignent d’autant de rencontres aussi symbiotiques que magiques. Il fallait bien cela pour justifier ce concept de No Solo puisque la suite qui ouvre l’album suffisait amplement à nous convaincre qu’Andy Emler n’a besoin que de son seul piano pour nous émerveiller. «  Jingle Tails  » est une délicate entrée en matière, où les accords impressionnistes d’Andy illustrent le credo de Miles Davis : «  la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence  ». Les accords se transforment subtilement en arpèges et nous introduisent délicatement au titre suivant «  The Warm Up  », tout en modulations et en montée en intensité. Les arpèges deviennent progressivement de véritables cascades de notes qui semblent vouloir tendre vers l’apothéose.

Passée cette entrée en matière, Emler ne s’exprime plus qu’accompagné d’invités de marque aux univers aussi variés que leurs origines. La Syrienne Naïssam Jalal offre une performance où sa flûte et sa voix s’entrecroisent dans une interprétation d’une grande sensibilité. L’Iran rencontre les Etat-Unis lorsque les vocalises virtuoses d’Aïda Nosrat amènent à un poème de Dany Merle déclamé par Rhoda Scott. Phil Reptil construit un univers sonore onirique sur lequel Thomas de Pourquery déploie une performance vocale éthérée. Place à l’Afrique lorsque la kora de Ballaké Sissoko et le piano s’entremêlent dans un mariage d’une grande beauté, suivi d’une envolée menée par le chant énergique d’Aminata « Nakou » Drame. Certains invités font le choix de la sobriété pour servir les compositions, comme le contrebassiste Claude Tchamitchian, qui parvient à sublimer la ballade «  Près de son nom  » en ajoutant simplement des graves suaves jouées à l’archet. Ou encore le beatboxer Hervé Fontaine qui habille «  The Rise of the Sad Groove  » de quelques notes de basse profondes et élégantes, tandis que le saxophone de Géraldine Laurent plus en avant, susurre, ronronne de plaisir, puis tournoie langoureusement. On termine avec le son de guitare si caractéristique de N’Guyen Lê sur une ballade épurée digne de Jeff Beck.

Enthousiasmant de la première à la dernière seconde, ce disque se termine beaucoup trop vite, et arrivé à la fin on n’a qu’une envie : l’écouter à nouveau. Accompagné de musiciens aux origines pourtant très variées, Andy Emler offre une œuvre à l’identité indéniable, dont les maîtres mots seraient la beauté, la sérénité, et la chaleur. No solo est un disque à écouter sans modération, de préférence confortablement installé dans une ambiance tamisée. Vous ne pouvez en sortir qu’apaisés et émerveillés de la beauté du monde.