Bon Voyage Organisation - La Course

20/03/2020

Par Chrysostome Ricaud

Label: L’invitation musicale

Site: https://bon-voyage-organisation.bandcamp.com/releases

Bon Voyage Organisation nous avait intrigués avec leur premier album Jungle ? Quelle jungle ?, où jazz, lounge, downtempo, musique concrète et disco cohabitaient sans se soucier des frontières pourtant habituellement plutôt hermétiques entre kitsch et élitisme ! Tout en conservant ce surprenant éclectisme antinomique entre mélodies légères et ardues, le deuxième album de Adrien Durand (tête pensante du groupe) suit un cap encore plus à même de plaire à nos lecteurs. Exit les voix féminines qui donnaient un côté variété française (à l’exception d’une voix parlée sur «  Prière pour le voyageur partie 1  »), BVO propose désormais des morceaux entièrement instrumentaux. Les huit titres paraissent dès lors issus de bandes originales de films des années 60 (après Le Sacre du Tympan, Nicolas Godin, ou Forever Pavot, les musiques pour grand écran de cette époque semblent avoir marqué plus d’un compositeur français actuel !). La nature évocatrice des compositions est mise en exergue par de longs passages faits de bruitages (criquets, vagues, ondes…). La musique oscille entre progressif électronique et jazz, ce qu’illustre à la perfection «  Un américain en danger  » qui est le titre le plus marquant de l’album : sa première partie jazzy et nerveuse illustrerait à merveille une scène de filature dans un film d’espionnage des années 60, tandis que sa deuxième partie nous fait flotter dans le cosmos avec un univers qui rappelle autant Pink Floyd que Tangerine Dream. Composé en plusieurs suites ou tableaux, La Course ne reste jamais collé très longtemps à un code musical. C’est un disque qui ressemble un peu à ces albums d’Exotica à thème des années 50 ou 60 : il décline des ambiances et emprunte à des langues musicales diverses, sans forcément chercher à en exposer une plus longtemps qu’une autre. Les soli de saxophone, par exemple, peuvent être très pop comme ils peuvent emprunter au vocabulaire du free jazz. Reste comme dénominateur commun à toutes les pistes l’omniprésence des synthétiseurs vintage d’Adrien Durand et l’importance accordée aux percussions du Colombien Pedro Barrios. Soulignons également le jeu de batterie de Cyprien Jacquet. Métronomique et de prime abord peu flamboyant, une écoute attentive révèle en réalité une technicité et une subtilité digne de ce que pouvait faire Tony Allen sur «  La Ritournelle  » de Sébastien Tellier.

On apprend dans le dossier de presse que c’est en se retrouvant en première partie de Kamasi Washington, dans une formation purement instrumentale, qu’est née l’idée-maîtresse de ce disque. On ne peut que se féliciter du virage pris par Bon Voyage Organisation, ce deuxième LP à la puissance évocatrice indéniable se révélant une réussite au-delà de ce que pouvait laisser espérer le premier.