Artús - CERC

27/03/2020

Par Jean-Philippe Haas

Label: Pagans / Hart Brut

Site: http://familha.artus.free.fr/

Attendu cette année au Hellfest, Artús (anciennement familha Artús) fait partie de ces formations qui échappent pourtant à toute classification. Depuis près de 20 ans, les Palois défendent la culture occitane à leur manière bien particulière, par le biais d’une musique radicale, où litanies ensorcelantes et secousses telluriques témoignent de la collision entre tradition et modernité. CERC/i> est le sixième album (septième avec la bande son du documentaire « L’intérêt général et moi ») de cette étrange entité élémentaire.

Dans le langage codifié du rock, on pourrait appeler ça un album conceptuel, mais Artús n’a cure de ces qualificatifs. Il s’agit pour le groupe d’explorer des thèmes qui lui tiennent à cœur, et cela se traduit par des œuvres tout entières dédiées à ceux-ci. Là où Ors rendait hommage à l’ours, personnification de la force de la nature en lutte perpétuelle contre les éléments et l’homme, CERC (« le cercle ») prend racine dans les Pyrénées et propose un voyage ininterrompu dans les boyaux et cavernes du gouffre de La Pierre-Saint Martin, allégorie de la caverne de Platon.
L’énergie brute et primale de la musique d’Artús pénètre l’espace sonore au moyen de divers véhicules : des instruments traditionnels comme la vielle à roue, le tambourin à cordes ou le violon, des instruments électriques et modernes (basse, guitare électrique, synthétiseurs) et des psalmodies narratives ou simplement incantatoires qui tissent le fil d’une histoire étalée sur des plages de sept à onze minutes. La pulsation tellurique et les incantations de « Nigredo » préparent le terrain, ou plutôt le souterrain, le gouffre dans lequel vous entraîne « Lépineux » avec ses motifs envoûtants survolés par un chant lancinant et modulé, où quelques bribes de français cohabitent avec la langue occitane. La basse sourde et la batterie impriment un rythme lent, saccadé, inexorable, alourdissant des atmosphères étranges, voire angoissantes et malgré tout changeantes, à l’image de ce long « Faust » épique, sorte de transe qui peu à peu tourne à la furie, ou encore la lente progression heurtée d’« Albedo », tel un cœur qui s’emballe. Ici, sur « Halha », le chant extatique épouse entièrement les soubresauts de la musique, en une pavane quasi hiératique. Là, sur le final « Las Mairs Apo », il n’y a plus de voix, plus rien que le pouls magique de la Terre qui résonne, la vie mystérieuse et invisible des profondeurs, les gouttes d’eau tombant perpétuellement de la voûte, les échos à la fois menaçants et protecteurs de la caverne…

CERC est un voyage dans l’obscurité jusqu’au fond des galeries et des immenses cavités de cet abîme où l’homme de la lumière, de la contemplation, de la surface, se confronte à ses instincts primitifs, ses croyances enfouies. Totalement hypnotique, cette traversée mouvementée et éprouvante pour l’âme vous emporte au plus profond de votre propre demeure souterraine. A écouter à plein volume.