Dün - Eros (réédition)

09/03/2020

Par Jean-Philippe Haas

Label: Soleil Zeuhl

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Éphémère groupe de Rock In Opposition en activité entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, Dün est à classer autant aux côtés des fondateurs Henri Cow, Univers Zéro, Art Zoyd et quelques autres, que de Franck Zappa et Magma. Si son unique album Eros a acquis le statut de « culte », ce n’est pas un hasard. D’une part, il a longtemps été un objet de convoitise pour les collectionneurs, n’ayant été tiré qu’à un millier d’exemplaires et vendu essentiellement en concert. D’autre part, il ne s’agit pas d’une énième – et pâle – copie des œuvres par lesquelles il a été influencé, même si des citations apparaissent ça et là : Eros ne fait pas de concessions, il est entier, nerveux et sans réel équivalent à l’époque, à l’image du quasi « mythique » album de Weidorje.
Pour ce disque entièrement instrumental, le sextet exploite un attirail assez typique du genre : guitare, basse, batterie, mais aussi d’autres percussions comme le vibraphone, divers claviers et une flûte omniprésente. Les titres des compositions laissent peu de doute quant à l’origine du nom Dün : les références au roman de Franck Herbert sont explicites. Le groupe a d’ailleurs brièvement porté le nom de Dune avant d’être légèrement rebaptisé. Le retirage de cette réédition datant de 2012 propose l’intégralité du 33 tours original ainsi que des démos et l’inédit « Acoustic Fremen ».

L’accueil n’est pas des plus chaleureux : véritable petit court-métrage où s’enchaînent de multiples séquences, « L’épice » alterne moments solennels, passages champêtres ou furieux et syncopés, balisés par quelques thèmes récurrents et des transitions parfois très abruptes. La flûte de Pascal Vandenbulcke occupe le devant de la scène, tandis que la guitare électrique de Jean Geeraerts et les percussions d’Alain Termolle font des allers-retours entre le premier et l’arrière-plan. La basse de Thierry Tranchant apporte une ponctuation grondante qui accentue le caractère inquiétant du titre. « Bitonio » est sur le même registre saccadé, avec ses éclaboussures anxiogènes à la Present (Triskaidékaphobie est sorti l’année précédente). En alternance, « Arrakis » et l’éponyme « Eros » adoptent une construction (un peu) plus fluide, sans trop de juxtapositions brutales, avec montées en puissance et accélérations où de beaux moments de folie percussive sont assenés par la batterie de Laurent Bertaud. Moins noyés dans la masse, le piano et les synthés de Bruno Sabath y trouvent également un terrain d’expression plus favorable.

Les bonus permettent de se faire une idée de l’évolution de titres comme « Arrakis », « Bitonio » ou « Eros », lorsqu’ils comportaient encore le saxophone de Philippe Portejoie. Parfois bien différents dans leur version finale, ils ont tous gagné en cohérence. Quant à « Acoustic Fremen », il met notamment en valeur la flûte de Pascal Vandenbulcke sur une composition étrange et délicate, à l’atmosphère pastorale, qui servait de break acoustique en concert.

Eros est un album exigeant, radical et parlera plus spécifiquement aux amateurs des scènes RIO, zeuhl et expérimentale. Si peu de groupes de cette époque ont survécu du fait de l’avant-gardisme de leur démarche, Dün fait partie de ces collectifs qui ont laissé une empreinte non négligeable dans le petit univers des musiques progressives.