Ozma - Hyperlapse

07/02/2020

Par Jean-Philippe Haas

Label: Cristal Records

Site: http://www.ozma.fr/

Quatre ans ont passé déjà depuis le dernier album studio d’Ozma, un Welcome Home qui marquait le gravissement d’une marche supplémentaire pour le groupe. Le quintette n’a guère enfilé de perles depuis puisqu’il a continué à pratiquer quelques-unes de ses marottes, à savoir le ciné-concert (« Le monde perdu » en 2017) et le photo-concert (« Crossroads » en 2019), tout en jouant un peu partout à travers le globe. Et « partout » n’est pas ici un mot dévoyé : rares sont en effet les artistes à pouvoir présenter un passeport contenant à la fois des tampons européens, asiatiques et africains ! Ce sont justement ces périples qui ont inspiré au batteur Stéphane Scharlé la composition des titres d’Hyperlapse, dix morceaux pour dix villes traversées et autant d’escales sonores différentes.

Le voyage débute à Pékin avec « Dust City », une mégalopole qui s’éveille sur des notes froides, électroniques, traversé par les plaintes du saxophone de Julien Soro et du trombone de Guillaume Nuss, puis s’anime, se réchauffe, se met à grouiller de vie jusqu’au déchaînement final. C’est une atmosphère totalement différente qui vous attend à Xi’an, autre gigantesque ville chinoise à mille kilomètres de là : « Clay Army » évoque la fameuse « armée de terre cuite » enterrée avec Qin Shi Huang , premier empereur de Chine, avec un motif répétitif imprimé par la basse d’Edouard Séro-Guillaume, sur lequel se posent les semi-improvisations parfois dissonantes et déchirées de Tam de Villiers à la guitare électrique.
Piste après piste, on se laisse embarquer dans ces compositions aux ambiances changeantes, aux contrastes très marqués, étapes d’un tour du monde aux nombreuses péripéties. Ainsi « Hyperlapse », que le groupe définit comme un « hommage à la frénésie électronique de Hambourg » est ponctué de boucles électro et de sons triturés, pendant que le « Tuk-Tuk Madness » de Mumbai, beaucoup plus enragé, donne libre cours à l’exubérance du trombone et du saxophone, sur fond de rythmique riche en explosions de cymbales. Diversité des cultures, diversité des expériences : en témoignent « Spleen Party » et ses mélodies orientales, les syncopes funk et autres entêtants rythmes dance de « One Night In Bulawayo », l’insolente lascivité de « Die Gilde » ou la mélancolie de « A Leila », écrit pour la photographe Leila Alaoui, décédée des suites de ses blessures après l’attentat perpétré par Al-Qaïda à Ouagadougou en 2016.

Ozma prend encore du galon avec cet Hyperlapse et apporte une contribution non négligeable à ce qui fait l’originalité du jazz français ces dix dernières années : audace, fougue et mélange des genres.