Bruce Soord - Bruce Soord

26/12/2015

Par Florent Canepa

Label: Kscope

Site: http://brucesoord.com/

Il est finalement étonnant de se dire qu’il s’agit ici de la toute première œuvre en solo de la tête pensante du fabuleux Pineapple Thief. On l’a certes aperçue en dehors de son foyer d’origine aux côtés notamment de Jonas Renske pour le très réussi et mélancolique projet Wisdom of Crowd. Mais jusqu’à présent aucune trace discographique authentiquement personnelle n’avait jalonné le beau parcours de l’Anglais. Il est vrai aussi qu’à l’image de Steven Wilson, le groupe qui l’a fait connaître était en tous cas à ses débuts sa pleine et entière créature.

Et tout comme l’autre célèbre Anglais susmentionné, cette volonté est sans doute mue par un désir de liberté créative qui va au-delà des limites d’une entité à plusieurs. La question est donc : que peut bien faire Bruce Soord qu’il n’aurait pu faire dans le cadre de travail d’un des fleurons de l’écurie K-Scope ? Tout d’abord, sans doute affirmer son affranchissement d’influences. The Pineapple Thief a toujours un peu souffert de sa comparaison avec un autre groupe-héros britannique qui, lui, a franchi les frontières de la confidentialité : Radiohead. Ensuite, reprendre le contrôle. L’Homme a enregistré son album éponyme dans son studio, chez lui. Il a tout écrit, composé et interprété si ce ne sont quelques guitares ici et là de son acolyte Darren Charles du groupe Godsticks. Enfin, revenir à quelque chose qui se focalise sur l’épure. Sa musique n’a finalement jamais été aussi acoustique, le tempo si lent et les éléments tant aériens. Comme une ode à la jeunesse et à la simplicité, Bruce Soord se ballade de manière insouciante et ne cherche pas à faire un trait d’union entre les morceaux. On pense parfois à l’Américain Sufjan Stevens en moins baroque, à Woodkid pour les aspects plus symphoniques et progressifs (l’excellent single « Willow Tree »).

Ecouter cet album, c’est un peu comme être invité dans le salon de l’artiste, contempler sa bibliothèque et lui faire la causette autour d’une tasse d’Earl Grey. Il ne vous montrera pas tout de suite les autres pièces. Comprendre : le début de l’album est plus superficiel et sommaire, ce qu’on appelle le small-talk chez les anglo-saxons (« The Odds », funk un peu mou). Mais la conversation s’étoffera pour celui qui saura s’attarder. A la fois dans la sobriété (le dual « Field day », comme Nick Drake) et dans le stellaire (« Familiar Patterns », tissé d’échos gilmouriens). Beaucoup de bons moments, rien d’épique, son disque est un album au charme discret qui aurait pu gagner en ampleur mais demeure très agréable. On referme la porte de la maison doucement, ne pouvant s’empêcher de remercier pour l’invitation.