Rabbit Rabbit Radio (Carla Kihlstedt & Matthias Bossi) - Vol. 3 - Year of the Wooden Horse

03/09/2015

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

Site: https://rabbitrabbitradio.bandcamp.com/

Depuis la disparition du regretté Sleepytime Gorilla Museum en 2011, d’aucuns suivaient de près ses anciens membres, dont le potentiel créatif devait forcément trouver un nouveau véhicule. Parmi les rescapés de cette belle aventure, la violoniste-chanteuse Carla Kihlstedt et son batteur de mari Matthias Bossi fondaient en 2012 Rabbit Rabbit Radio, entre autres projets. Cet OVNI bicéphale combine des mélodies pop-rock et des formats courts avec toutes sortes d’éléments a priori incompatibles. Le troisième enregistrement en date, Year of the Wooden Horse, grâce à l’inspiration débridée de ses créateurs et un postulat de départ aussi simple qu’efficace, a tout ce qu’il faut pour ruer dans les brancards de la musique propre sur elle.

Le principe initiateur est on ne peut plus élémentaire : chaque titre accueille un invité guitariste différent. Douze des treize chansons sont donc menées par la guitare, chacune imposant son propre style, sa signature, acoustique ou électrique, triturée ou limpide, aérienne ou pesante. Au passage, on s’aperçoit que le duo dispose d’un carnet d’adresses fichtrement bien garni : outre d’anciens compères de SGM (« The Perfect Abomination » n’est d’ailleurs pas sans évoquer le défunt groupe), la liste des guests comprend notamment des pointures comme Nels Cline, Fred Frith et Jon Evans.

L’album est un véritable un exercice d’équilibriste, où les titres se font soit accueillants et accessibles, soit insolites, sans que jamais l’un ou l’autre de ces aspects ne remporte clairement la partie. Alors que « Whiff of Heaven » ou « Nokomis » – cocktail fruité entre The Beatles & Rita Mitsouko – s’écoulent sans accrocs à travers les tympans, grâce à des mélodies qui s’y cramponnent fermement, « Falling Awake », « Universal Elixir » ou encore ou « The Promise » (Sonic Youth n’est pas loin) misent davantage sur le tissage d’ambiances. Dans l’ensemble, les compositions échappent aux tentatives de classification : ça « fonctionne », et on ne sait pas toujours pourquoi, comme l’instrumental « Rabbit Rondo » et son imparable duo violon/guitare ou l’étrange « Moineau » avec Fred Frith, qui souligne la versatilité de Carla Kihlstedt au chant, y compris en français.

Year of the Wooden Horse possède un peu les mêmes atouts que Ripe de Slug paru plus tôt dans l’année : inventivité, concision, efficacité, pour des chansons qui vous restent en tête et vous obsèdent, longtemps.