PyT - Mon grand amer

31/05/2015

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

Site: http://www.pyt.cn.com

Annonçons-le d’emblée : Mon grand amer n’a que peu de raisons objectives de figurer dans les pages de Chromatique. Mais comme lorsqu’il s’agit de couvrir Toto ou Blackfield, par exemple, c’est surtout le CV des musiciens qui fait pencher la balance. PyT a ainsi un passé qui parle en sa faveur puisque – est-il encore besoin de le rappeler ? – Pierre-Yves Theurillat et Sébastien Froidevaux ont brillé dans Galaad. Et puis, en cherchant bien, cet album d’une heure vingt comporte quelques titres atypiques, à contre-courant des rengaines à l’amplitude de post-it où la messe est dite au bout de vingt secondes. Mais au fond, n’importe quel prétexte est bon pour donner un peu d’exposition à un groupe qui a le malheur de ne pas entrer strictement dans une case. Ou de ne pas connaître les « bonnes » personnes…. Sur une pente ascendante depuis l’excellent Carnet d’un visage de pluie, les Suisses affirment leur ambition avec vingt nouvelles chansons.

Comme son prédécesseur, Mon grand amer contient un lot non négligeable de tubes virtuels tels – choix purement subjectif – « Mon lointain amour », « La beauté du geste », « Les bruits courent »… Theurillat et Froidevaux prouvent là encore qu’ils sont de vrais et grands chansonniers du rock, qui mériteraient amplement d’être sous les feux de la rampe. Côté format, on tourne autour des trois-quatre minutes, cadre dont seuls s’extraient vraiment « Fast – Mourir est toujours faux » et « Vers où vont mes aïeux », révélant des penchants légèrement prog’. Le binôme, épaulé par trois excellents instrumentistes, fonctionne à plein dans une complicité de chaque instant. Paroles et mélodies s’imbriquent parfaitement, les premières soutenant les secondes, et vice-versa. Les mots tantôt limpides, tantôt labyrinthiques s’égrènent le plus souvent en français, l’anglais héritant cette fois-ci de la portion congrue, sur « Looks piled like newspapers » et dans une poignée de phrases placées çà ou là.

Inévitablement, parmi cette vaste collection de chansons, certaines tiennent mieux la route que d’autres, encore qu’il s’agisse là d’une affaire de goût. Les avis différeront probablement au jeu des préférences, mais PyT semble plus à l’aise avec les déchirures de l’âme qu’avec la légèreté. Ainsi, le très mélancoliques « Ma vraie prophétie » et ses notes d’accordéon, ou l’émouvant « Un gamin pas si sale » contrastent avec « Dingue de toi » ou « Faut laisser parler le cœur ». Et si à force on trouve quelques familiarités entre les titres, il existe sur Mon grand amer une belle alternance de styles, de ballades pop en vigoureux coups de fouet (« Eu comme you », « Les bruits courent », la section finale de « Fast – Mourir est toujours faux »…). De quoi se purifier l’âme de toutes les pollutions sonores.

L’enthousiasme de PyT mérite d’être entendu par le plus grand nombre, et encouragé comme il se doit. On appelle de tous nos vœux le rayonnement de cette musique hors de l’espace encore trop exigu dans lequel elle est aujourd’hui confinée. N’y a-t-il pas un label solide qui prendrait le risque que ne courent plus depuis belle lurette les majors ? En attendant, si nous prêchions la Bonne Parole autour de nous ?