Wrupk Urei - Koik saab Korda

13/08/2014

Par Jean-Luc Pillac

Label: AltRock

Site: wrupkurei.bandcamp.com

Le label italien Altrock nous propose, avec Wrupk Urei, de découvrir un septet estonien, originaire d’une patrie encore aujourd’hui peu représentative de la musique progressive : deux des quelques prédécesseurs qui nous viennent avec un peu d’effort à l’esprit sont Phlox et Kaseke et oeuvrent pour leur part dans un univers Jazz Fusion.

Le traducteur de Google me signale que « Tout va bien » – c’est en fait le titre de l’album – et nous sommes ravis d’apprendre que nos Estoniens n’ont aucun souci de santé. Effectivement, la pochette du disque nous promet de plonger dans un univers festif et délirant. C’est en partie le cas. En partie seulement car la prise d’élan de ce Koik saab Korda est plutôt sage. Les deux premières compositions de cet album entièrement instrumental ne sont pas les plus captivantes. Les quatre premiers morceaux sont d’ailleurs dissemblables en terme stylistique si bien que l’auditeur pourra se poser la question de savoir dans quel univers il se situe : krautrock, psychédélique, space prog, canterburry, jazz. L’horizon se clarifie à partir de « Veenuse Koopas », et, pour guider le lecteur dans ce dédale, on pourra faire appel aux influences possibles de Can, Gong et surtout Jaga Jazzist en plus festif, et en plus, osons le mot, « dancefloor ». Pour illustrer par l’exemple, «  ;Ai ju raagitud » est du genre délire positiviste qui ferait se lever les mamies et papys d’une maison de retraite médicalisée et danser les cannes et déambulateurs en l’air juste avant la prise de traitement. Tout comme celle-ci, bien des compositions de l’album vous feront taper du pied et dodeliner des cervicales. Bien faites et basées sur des mesures impaires, de nombreuses mélodies à l’effet immédiat auront cette magie et la facilité de s’insinuer dans nos neurones et de pouvoir être reprises et chantées sous la douche en 4/4. Comme un son n’a de sens que dans un milieu contenant des oreilles et comme nous avons la chance infinie d’en posséder une paire, nous atteignons par moments un niveau de plaisir d’écoute – veuillez excuser au passage cette métaphore volaillère – qui nous fait dépasser le seuil de la chair de poule… on pond des œufs.

Cet album ne fera pas partie de la discothèque idéale de l’amateur de musique aventureuse moyen, néanmoins le label Altrock lui propose ici une découverte des plus sympathiques qui ne jurera pas au milieu de sa collection. Il prendra du plaisir à écouter ces compositions agréables, bien fichues, qui donnent la pêche et qui le replongeront entre autre dans le psychédélisme d’une musique progressive de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix.
Ce disque pourra avec brio lui tenir compagnie dans les embouteillages de la route des vacances, quand il bricolera l’étagère de la bibliothèque, celle qui n’arrête pas de tomber, ou tout simplement quand il sera assis confortablement dans son salon en sirotant une petite bière.