Wild Beasts - Present Tense

24/07/2014

Par Raphaël Dugué

Label: Domino Records

Site: wild-beasts.co.uk

A la fin des années 2000, peu après le début de la crise économique, débarque le mouvement hipster, témoin d’une génération qui a choisi la distance ironique plutôt que l’engagement ; prendre tout au second degré paraissait finalement plus supportable, et permettait aussi de continuer à collectionner les smartphones tout en gardant la conscience tranquille. Avec le mouvement hipster, c’est le revival eighties qui s’est imposé : on a tous adoré (ironiquement bien sûr) le retour des vieux synthés affreux et des sons de boîte à rythmes, on s’est tous rué sur le film Drive, son esthétique au néon et sa bande originale en plastique tout aussi rutilant que la carosserie de la bagnole de Ryan Golsing. Même les politiques ont fait du revival eighties, avec le retour à la mode des idoles vintage que sont Thatcher et Reagan.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos bêtes sauvages, dont Present Tense est le quatrième album. Les Wild Beasts avaient su montrer, par le passé, un certain talent pour la pop élégante et mélancolique et le premier morceau (et premier single) est plutôt prometteur. Malheureusement, passée cette introduction, il est difficile pour l’auditeur de trouver quoi que ce soit qui puisse retenir son attention. Les morceaux se diluent petit à petit dans un album informe sur lequel les fantômes de Depeche Mode ou Japan flottent paresseusement. Les vocaux tentent d’accrocher en vain l’attention des auditeurs déjà partie bien loin. Si certains groupes ont su utiliser ces influences des années des années quatre-vingts avec intelligence tout en apportant une patte unique (on pense par exemple à Austra ou LCD Soundsystem), ces bêtes sauvages semblent malheureusement bien trop apprivoisées, et cet album, le symbole d’un mouvement qui s’essouffle alors même qu’il n’avait déjà pas grand chose à raconter au delà de cette nostalgie teinté d’ironie. Car, à force de toujours mettre de la distance, de ne jamais rien prendre au sérieux, la musique perd son enjeu, elle devient une coquille vide, ne s’appréciant qu’à travers le prisme cynique d’un post-post-modernisme branché. On espère seulement que le groupe anglais mettra les gimmicks de côté pour laisser enfin place à l’émotion.