La Théorie des Cordes - Singes Electriques

05/01/2014

Par Jean-Luc Pillac

Label: Autoproduction

Site: www.latheoriedescordes.com

La théorie des cordes est une hypothèse scientifique sérieuse selon laquelle l’Univers dans sa dimension microscopique serait composé de particules élémentaires ultimes constituées de ce que les physiciens appellent des cordes. Ces cordes, voire supercordes permettraient enfin de résoudre la théorie de la grande unification. Les savants prédisent qu’en fonction de la fréquence de vibration de ces dites cordes, un Univers bien particulier, avec ses lois qui lui sont propres naît. Dans un de ces Univers, les primates pourraient, pourquoi-pas, fournir de l’électricité….serait-ce le nôtre ?

C’est sans nul doute celui de Mathieu Torres et de Stéphanie Artaud, tous deux fondateurs du groupe en 2009, rejoints sur scène pour l’exécution de cet album par Fah Pigny à la batterie, Julien Langlois au saxophone et Alexandre Henri à la basse.
Nous découvrons avec Singes électriques un album joué Live, ce que la prise de son et l’excellence de l’interprétation ne laissent pas augurer. Nous baignons dans un univers nimbé de jazz-rock progressif instrumental ; les compositions de par leur longueur prenant le temps de faire défiler devant nos «  yeux  » des tableaux aux images changeantes, entre burlesque et psychédélisme. L’assise rythmique confiée à Fah Pigny et Alexandre Henri est de haute tenue et permet à Mathieu Torres de faire jaillir de sa guitare toute une sensibilité, inventivité et maestria, déroulant des gammes inspirées du Maître Allan Holdsworth ponctuées par une puissance rythmique et une saturation du son digne du Punk ou du Metal le plus sauvage. Le clavier de Stéphanie Artaud et le saxophone de Julien Langlois viennent superbement compléter la partie virtuose du groupe.
Les Maîtres à penser dont l’influence perle tout au long de ce double live sont entre autres Franck Zappa et Gong. Mais parce que ces musiciens sont français, partons chercher des références dans nos contrées : Jack Dupon, pas seulement pour la garde-robe mais aussi pour ces moments décalés et burlesques, ou Taal – oui souvenez vous ces deux superbes albums que sont Mister Green et Skymind sortis en 2000 et 2003. La musique est aventureuse, parfaitement construite mais laisse peu la place à une quelconque improvisation collective telle que celle qu’offraient dans leurs moments intemporels d’extases des groupes comme King Crimson ou Soft Machine. Les compositions laissent bien sûr aux solistes leurs instants de grâce et les trois instruments leaders partent un par un en solo, se sortant du maillage qu’ils contribuaient à construire pour s’évader vers des sentiers moins bordés. La maîtrise est constante et nous avons affaire ici à des interprétations de haut niveau.

Cet album autoproduit laisse prophétiser pour ces musiciens un avenir enchanteur, le niveau de chacun et la cohésion de groupe ne pouvant aller que crescendo. Enfin, si peu que la constante cosmologique de leur univers reste positive, afin d’éviter à tout prix un Big-Crunch prématuré et annihilateur. La théorie des cordes est un groupe bâti pour la scène, c’est sans nul doute là qu’il prend toute sa dimension. Prions donc pour que ces cordes vibrent et émettent encore leur son pour longtemps.