Pat Metheny - The orchestrion project

15/04/2013

Par Florent Simon

Label: Nonesuch Records

Site: www.theorchestrionproject.com

La soixantaine avenante et le succès certain, Pat Metheny n’a plus besoin de démontrer son talent : compositeur éclairé, interprète inspiré, ses qualités sont déjà fort louables sans qu’on ajoute à cela une liberté artistique pluridisciplinaire. Cet homme a en effet toujours partagé son goût pour l’aventure et se veut précurseur.

The orchestrion project se pose ainsi aux confluents de ses multiples facettes, à la fois innovant, risqué et accessible, et constitue le faire-valoir de son prédécesseur Orchestrion (Nonesuch records, 2010). Il propose sur deux disques des versions « live » (mais sans public) de la précédente œuvre, augmentées d’étonnantes réinterprétations de titres plus anciens. Un élan généreux avec ses quinze titres qu’on espérerait plus fréquent chez d’autres artistes de son envergure.

Mais présentons d’abord l’orchestrion, sorte de machine-orchestre utilisée au début du XXème pour substituer un vrai orchestre, et ici imaginé en version high-tech. Une prouesse technique mise au point depuis plus de dix ans qui prouve que son créateur ressent toujours le besoin de faire évoluer son ambition musicale de concours avec la technologie.

Passée la surprise technique, examinons ce curieux ensemble de plus près : il est constitué de pas moins de vingt instruments traditionnels, contrôlés conjointement par les ordinateurs et par le musicien lui-même au travers de son jeu de guitare ! Ces automates sont en effet déclenchés suivant les notes jouées ou les programmes sélectionnés.

Bien que le concept remette en question de manière originale la définition des rôles sur scène et de l’intégration de la technologie dans la musique, ce faux-groupe tient la route face à une véritable formation mais ne le remplace pas. S’il est capable de prouesses intéressantes et d’une sensibilité acceptable, il est une qualité qu’aucune machine ne pourra retraduire : l’âme.

D’un point de vue musical, cet étonnant « duo » nous délivre un menu plutôt copieux, notamment pour l’auditeur néophyte. On y retrouve la touche marquée du guitariste sur ces mélodies toujours complexes passant du plus chargé (« 80/81 – Broadway Blues ») au plus aérien (« Improvisation, Pt 2, Sueno con Mexico »). Sa patte enchante ou agace mais ne laisse pas indifférent, d’autant que cet album est remarquablement produit. Les fans seront conquis.

Nota-Bene : Le DVD de Pierre et François Lamoureux sorti conjointement est conseillé car il sublime la qualité de la musique par un visuel scénique phénoménal.