Garden Wall - Assurdo

06/12/2012

Par Pierre Wawrzyniak

Label: Lizard Records

Site: www.gardenwallband.com

Si Howard Phillips Lovecraft et Edgar Alan Poe s’étaient rencontrés dans les années quatre-vingt-dix et avaient décidé de fonder un groupe de rock progressif, le résultat aurait bien pu ressembler à cet album de Garden Wall. Fort de quelques essais assez traditionnels dans un style heavy prog metal, le sextet italien vient tout simplement de péter les plombs et d’accéder aux recoins les plus bruts de sa psyché, où l’horreur côtoie la beauté absolue.

Assurdo ne ressemble à rien de connu : les formes musicales présentées sont des suites tantôt abruptes tantôt logiques de rock psychédélique, de metal abominable, d’envolées folkloriques et d’incantations démonologiques du meilleur aloi. Le fil conducteur de ce joyeux bazar est le délire vocal d’ Alessandro Seravalle, littéralement possédé par une entité putride des profondeurs insondables du cosmos. Passionnant, le bonhomme grogne et hulule en nous conduisant dans des tunnels dégueulasses où peu de proggeux ont déjà osé s’aventurer (bande de trouillards !), de peur de subir des outrages sonores peu avouables.

Rarement un patchwork musical aussi improbable n’aura été aussi immersif. Garden Wall se montre capable d’atteindre la finition technique et la subtilité raffinée des plus grands en imposant à l’auditeur des ruptures sonores aux frontières du tolérable. De magnifiques arpèges à la Genesis se font mettre une dérouillée par des des solos de saxophones free sur des samples foireux d’orgues d’églises. Un thème superbe au vibraphone dans la lignée du Gary Burton le plus amène succède à un trip hop léché et légèrement décalé. La lutte bipolaire entre différentes régions du cerveau humain semble être le moteur de la musique ici présente.

Assurdo est un album aussi imparfait et improbable qu’addictif. Vivement le prochain nervous breakdown de ces Italiens passionnants!