Aymeric Leroy - King Crimson

29/11/2012

Par Jean-Philippe Haas

Label: Le mot et le reste

Site: calyx.perso.neuf.fr

Une rapide recherche sur le web, et on constate non sans un certain étonnement qu’il existe très peu d’ouvrages consacrés à l’une des pierres angulaires du rock ambitieux. Serait-il trop ardu de parler du mythe King Crimson ? Ou peut-être trop risqué de froisser la susceptibilité hypertrophiée de Robert Fripp ? Aymeric Leroy relève le défi en s’attaquant à l’œuvre singulière de l’un des colosses intouchables du rock progressif. Auteur prolifique depuis quelques années, on lui doit déjà Rock Progressif, Pink Floyd : plongée dans l’œuvre d’un groupe paradoxal , et Bill Bruford, l’autobiographie : Yes, King Crimson, Earthworks et le reste .

Le choix de la photo de couverture n’est sans doute pas innocent, puisque seul l’égotique Robert Fripp, guitariste inamovible et fil rouge de l’épopée crimsonienne, y est reconnaissable. Par le fruit d’un heureux hasard, l’ouvrage tombe à point nommé puisque celui-ci vient de déclarer qu’il arrêtait la musique, dégoûté par l’industrie du disque. King Crimson prend donc des allures de biographie définitive, en plus d’être l’unique livre francophone consacré à cette institution quadragénaire du rock anglo-saxon. Pour documenter son œuvre, Leroy a utilisé la biographie de référence (In The Court of King Crimson, 2001) mais aussi les nombreux écrits de Fripp (blog, livrets des CD, etc.) ou encore sa propre correspondance avec certains membres du groupe dans le cadre de son fanzine Big Bang. Mais malgré l’évidente admiration que l’auteur nourrit pour son sujet, il n’est que rarement partisan et aucunement prosélyte, tant il n’hésite pas à mettre en évidence les faiblesses d’une discographie pour le moins hétérogène, à commenter les choix discutables effectués à certaines périodes ni même à pointer le caractère autoritaire du guitariste-leader. Leroy rapporte avec le talent d’un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet les différentes incarnations parfois surréalistes de cette curieuse entité musicale, les nombreuses luttes d’ego qui ont animé sa vie mouvementée ou les prises de positions artistiques des différentes époques. Où l’on comprend que l’histoire de King Crimson a éminemment dépendu du contexte « historique » et d’événements pas toujours maîtrisés.

Le schéma narratif respecte la chronologie, et les chapitres sont dans l’ensemble centrés sur la discographie du groupe, et pour cause : une partie non négligeable de l’ouvrage consiste en l’analyse des compositions de King Crimson. Le néophyte risque d’en être déconcerté car sans le support de la musique (et dans une moindre mesure des paroles), il est difficile de suivre la prose un peu rébarbative de l’auteur, lorsque celui-ci décortique les titres les uns après les autres. Ces considérations revêtent un intérêt évident pour l’auditeur (très) averti mais pourront ennuyer ceux qui n’ont qu’une connaissance « lointaine » du groupe. Par ailleurs, l’écriture se perd çà et là dans une surcharge un peu laborieuse et toute proustienne, qui rend la lecture parfois fastidieuse. Malgré des lourdeurs pas toujours nécessaires, Aymeric Leroy atteint néanmoins son but : susciter l’envie de (re)découvrir tout ou partie de l’œuvre de ce géant du rock encore largement méconnu.