Invincible Czars - 1812 Overture

25/10/2012

Par Jean-Philippe Haas

Label: Future Banana Replacemen

Site: www.invincibleczars.com

Sous des dehors loufoques qui pourraient prêter à rire, la fanfare de rock de chambre nommée Invincible Czars cache des dispositions musicales surprenantes. Adeptes de relectures osées – on leur doit déjà Casse-noisettes et Une nuit sur le mont Chauve, entre autres – ce sextet d’Austin s’attaque pour le bicentenaire de l’invasion de la Russie par Napoléon à une pièce de Tchaïkovski, l’Ouverture solennelle 1812.

1812 Overture narre la victoire de l’armée du Tsar Alexandre 1er dans cette éprouvante campagne militaire. Transfigurée, l’œuvre n’a plus que peu de rapports avec la gravité de l’original. Les arrangements de Josh Robins font mouche et renforcent le côté « je respecte mais je ne prends pas au sérieux ». Pour s’en convaincre, il suffit de prendre par exemple l’entrée et la sortie de « The Battle of Borodin », pastorales et flûtées, et le contraste qu’elles forment avec le corps du morceau où les belligérants, guitare électrique, saxophone et violon, font s’affronter le rock, la musique de cirque et le folklore de l’Est. Sans parler de « God Save The Czar », qui explose au sens propre comme au figuré et met à mal le classicisme tapageur de l’authentique en y mêlant une bonne dose d’humour. Ainsi, la plupart du temps, si les instruments acoustiques confèrent ce qu’il faut de respectabilité à l’ensemble, ils n’hésitent pas une seule seconde à s’acoquiner avec leurs confrères électriques pour de joyeuses joutes, bruyantes et endiablées.

En guise de digestif, Invincible Czars propose une autre marche militaire non moins réarrangée, « Nobles of the Mystic Shrine » de John Philip Sousa, ainsi que « Pavane de la Belle au bois dormant » de Ravel, qui clôt le disque calmement, loin des affolements précédents. Une seule courte pièce originale, « A Cry For Peace », composée par le batteur et accordéoniste Louis Landry, rappelle que le groupe dispose également d’un répertoire personnel de grande valeur, et qu’il est rageant de ne le voir davantage exploité, comme sur l’album précédent, l’excellent Fortissimo.

On aimerait entendre ces tsars invincibles donner de la voix ailleurs que dans leur Texas natal. On aimerait voir les labels spécialisés s’y intéresser de plus près. On aimerait qu’un festival reconnu les invite à jouer par chez nous (suivez mon regard). On aimerait que pour une fois le talent et l’extravagance puissent être promus, hors du seul cercle des initiés.