Paul Hegarty - Martin Halliwell - Beyond And Before – Progressive Rock Since The 60s

13/09/2012

Par Jean-Philippe Haas

Label: Continuum Books (éditeur)

Site: www.continuumbooks.com/books/detail.aspx?BookId=133175&SubjectId=1381

Eu égard à sa splendeur passée (et au semblant de reconnaissance dont il bénéficie à nouveau actuellement), le rock progressif est à l’origine d’une littérature assez importante quoique plutôt confidentielle. La plupart des ouvrages tentent de réhabiliter le genre ou d’y initier le novice (Citizens of Hope And Glory, de Stephen Lambe, par exemple), lorsqu’ils ne sont pas de simples catalogues (les publications de Jerry Lucky notamment). Malgré l’étroitesse de cette niche musicale, certains auteurs vont jusqu’à couvrir des périodes ou des sous-catégories encore plus restreintes : Christophe Pirenne avec Le rock progressif anglais (1967-1977), Frédéric Delâge et ses Chroniques du rock progressif (1967-1979), ou Jeff Wagner et son très documenté Mean Deviation : Four Decades of Progressive Heavy Metal . Rares sont toutefois les ouvrages qui procèdent d’une véritable analyse prenant en compte le contexte sociologique et historique. En français, on citera l’Anthologie du rock progressif de Jérôme Alberola et Rock Progressif d’Aymeric Leroy, tous deux parus en 2010.

Dans Beyond and Before, Paul Hegarty et Martin Halliwell, s’ils ne remettent pas en cause les fondements communément admis du rock progressif, ne se contentent pas d’en fixer une date de naissance, comme si cette mouvance était apparue ex nihilo à partir de deux ou trois disques. Les deux universitaires anglais tentent d’en retrouver trace tout au long des années cinquante et soixante, dans la musique populaire comme dans le jazz, traquant les débuts de l’album conceptuel, les prémisses des compositions à tiroirs. Le livre prend également ses distances avec le postulat, communément admis, du punk chassant le prog, relativise et recontextualise ces phénomènes musicaux qu’il aborde d’un point de vue principalement sociologique, voire politique. Par exemple, le chapitre huit intitulé « Social Critique » évoque un aspect rarement traité, à savoir la composante idéologique présente chez certains artistes ou dans certains sous-genres.

Chronologique dans l’ensemble, le livre s’attarde, parmi d’autres chapitres, sur les thèmes abordés par les groupes – très ancrés dans la réalité de la société ou au contraire oniriques/fantastiques -, les codes visuels développés sur les albums ou sur scène, la représentation féminine dans le prog ou encore les apports majeurs d’autres styles de musique comme le jazz ou le folk. Dans le corps d’un texte très compact, quelques photos en noir et blanc, un peu trop rares, viennent illustrer le propos. De nombreux disques de référence sont également décortiqués en regard des aspects traités. Des titres représentatifs sont analysés plus profondément, jusque dans le détail des paroles parfois, pour appuyer telle ou telle réflexion. Cette approche rigoureuse rend la lecture absolument passionnante malgré une lisibilité mise à mal par la densité du texte.

Par sa vision globale, Beyond and Before est probablement l’ouvrage anglophone le plus crédible et le plus sérieux dans son approche du mouvement progressif. S’il n’est pas d’une lecture aisée, il apporte un éclairage différent sur le genre qui nous est cher, loin des clichés habituels ou des analyses à l’emporte-pièce.