Thinking Plague - Decline and Fall

06/09/2012

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records

Site: www.myspace.com/thinkingplaguemusic

Thinking Plague n’a jamais été à proprement parler un groupe à part entière. C’est au départ un noyau dur formé de Mike Johnson et Bob Drake auquel s’ajoutent d’autres musiciens, autour d’influences progressives et marqué notamment par un chant féminin étrange proche des phrasés instrumentaux du Canterbury et d’une échappée (le terme s’employant aussi pour une note intentionnellement non harmonique) vers la musique atonale du vingtième siècle d’Igor Stravinsky, voire celle d’Arnold Schönberg. 2012 voit la sortie de Decline and Fall, sixième album, douze ans après A History of Madness.

Lors d’un entretien en 2008, Mike Johnson donnait déjà à notre équipe le titre du disque et avouait qu’il ne savait pas si Dave Kerman jouerait dessus. Evidemment qu’il le savait ! Tout était écrit, il manquait probablement les moyens pour compléter l’équipe, apprendre les parties et la somme de temps nécessaire à les enregistrer. Ce processus, long et fastidieux, aura été plus important que prévu. In Extremis (1998) avait subi les mêmes circonstances, pour un résultat autrement séduisant.

Thinking Plague apparaît tel un philosophe pessimiste de la société moderne. Les textes chantés par Elaine Di Falco retranscrivent un mal-être ambiant déclamé à la manière d’un conte sombre et noir. Musicalement, les Américains produisent ce qu’ils ont toujours fait. On reconnaît leur style RIO immédiatement et la précision chirurgicale avec laquelle les morceaux défilent annihile toute émotion possible. Le talent d’écriture saute à esprit. C’est fluide, paraît évident malgré une complexité flagrante mais cette froideur retire le peu qui donnerait à ce nouvel album tout son sens.

Une fois digérée cette carence d’intention, les parties de basse de Dave Willey apparaissent surprenantes grâce à un travail rythmique détonnant, décalé, méritant le néologisme « piégeux ». Inutile de passer en revue les performances de chaque musicien, le résultat est probant, sans laisser pour autant un souvenir impérissable. Même si Thinking Plague parvient à transmettre son message, quelques onomatopées se glissent de-ci de-là dans le discours pour un plaisir frustré comme s’il était refusé.