Quidam - Saiko

09/05/2012

Par Jean-Philippe Haas

Label: Rock Serwis

Site: www.quidam.pl

Meneur depuis le milieu des années quatre-vingt-dix d’une scène progressive polonaise en plein essor, Quidam a petit à petit conquis le cœur des fans du « grand » Marillion, celui dont les sommets sont Clutching at Straws et Brave. Avec le très abouti DVD Strong Together, le groupe avait atteint en 2010 une sorte d’apothéose dans l’art du néo-prog’ raffiné. Aujourd’hui, Saiko tourne en partie le dos à ses prédécesseurs.

Deux changements notables sont à relever : le retour à la langue natale et aux formats courts. Peut-être pour conquérir le marché mainstream national, probablement bien plus conséquent que la niche du prog international ? Toujours est-il qu’une bonne dose d’efficacité a été injectée aux compositions, qu’elles s’inscrivent dans un rock puissant et atmosphérique (« Ostatecznie »), la pop bucolique (« Obok mam ») ou la ballade acoustique (« Saiko »). Quidam n’est pas pour autant rentré dans le rang au point d’être interchangeable avec n’importe quel autre groupe standard. Une personnalité patiemment développée et des influences évidentes permettent encore au quintette de se démarquer. Ainsi – on ne se refait pas – l’empreinte de Marillion n’a pas disparu : « sPotykanie », voire « …lato », évoquent les travaux post Season’s End, et on retrouve trace de la bande à Hogarth tout au long de l’album. Porcupine Tree n’est pas très loin non plus, notamment sur « Roller », seul titre chanté en Anglais (et à deux voix, dont celle, charmante, de Natalia Grosiak). Quant à la flûte de Jacek Zasada, autre caractéristique remarquable de la formation, elle n’a heureusement pas été évincée et se manifeste ici et là, toujours à bon escient. Tout cela resterait néanmoins bien sage, parfois même peu inspiré (« Dodekafonix », ou le final « Wiosna ») si quelques interludes instrumentaux ne donnaient l’occasion aux musiciens de lâcher un peu la bride. Ainsi se permettent-ils quelques digressions fort réjouissantes : jazz rock aérien sur « … jesień » ou rock psyché complexe et musclé sur « … przedwiośnie », par exemple.

Le virage est habilement négocié, mais le résultat n’est pas encore tout à fait à la hauteur des prétentions du groupe. Quidam se retrouve aujourd’hui avec le fondement entre deux chaises, face à un choix crucial, qui va probablement dépendre de l’accueil que réservera le public à Saiko : rester en terres progressives – et on imagine mal les Polonais les quitter pour de bon – ou se tourner définitivement vers une musique certes fine et subtilement arrangée mais aussi moins ambitieuse.