Dave Willey and Friends - Immeasurable Currents

26/04/2012

Par Christophe Manhès

Label: Altrock Productions

Site: www.myspace.com/quasidayroom

L’actualité musicale le démontre tous les jours, quand le gotha rock se donne rendez-vous, ce n’est pas toujours pour le meilleur. Heureusement, loin du gros business, subsistent des troupes d’élite sachant dresser la nappe en évitant de nous servir un ragoût pour gogos compulsifs. Tel le projet Dave Willey and Friends, qui n’est pas seulement un impressionnant aréopage de musiciens, mais également un splendide rancard pour nos oreilles.

Car on ne peut être qu’admiratif devant le travail de ces musiciens, au sommet de leur art, sachant s’interdire toute forme de surenchère. Aux dédales musicaux habituels, Dave Willey « et ses amis » ont opposé cette fois-ci un chapelet de chansons simples d’une pureté saisissante. Des formations corsées comme celles d’Hamster Theatre et de Thinking Plague, ces cadors de la note déviante, épluchant leur fruit des complexités inutiles, n’ont voulu retenir que la suavité étrange, hors du temps, si magnifiquement porté par la voix atypique d’Elaine Di Falco. Au final, la féerie qui émane d’Immeasurable Currents nous ramène à la vieille question du rapport de l’art à la beauté. Et à la lumière ambiguë de cet album, impossible de croire que ce couple séculaire, malmené par nos contemporains peu charitables avec ses vieilles lubies, ne soit pas uni pour l’éternité. On se demande même si Immeasurable Currents ne serait pas en mesure de redonner à la musique son honneur perdu.

L’évocation d’artistes comme Hugh Hopper, Deborah Perry, Mike Johnson, Dave Kerman, Elaine Di Falco ne manquera évidemment pas de provoquer chez l’amateur d’avant-rock des coulées de salives. Il n’aura pas tort. Retenue et puissant, sombre et irradiant, Dave Willey and Friends délivre à travers Immeasurable Currents la quintessence esthétique de la musique pop. Et ce n’est pas le moindre de ses mérites d’avoir offert au camarade Hugh Hopper, pour son dernier enregistrement studio, l’occasion de nous quitter pour toujours sur les résonances d’une telle merveille. Jusqu’à la fin, Hopper, ce vieux soldat, aura donc donné le meilleur.