Echoes - The Black Cat's Step

25/04/2012

Par Florent Canepa

Label: Musea

Site: www.echoes.fm

Je me souviens d’un temps où j’abordais les propositions du label Muséa avec envie et crainte : envie car il est tout de même grisant de se dire que notre pays sait engendrer des talents singuliers et prometteurs ; crainte, car je savais d’expérience que les ambitions s’arrêtaient parfois à la porte et qu’il valait mieux loucher hors des frontières. Les efforts des Rouennais d’Echoes sont dans ce contexte plus que louables. The Black Cat’s Step est aujourd’hui leur troisième album, en forme de résistance au temps qui passe. Car Echoes fait proprement se répercuter les voix du passé.

Si pour vous, Jon Lord est incontestablement plus inspiré que Jordan Rudess, si vous connaissez le groupe Love, si vous chantez souvent « In A-Gadda-Da-Vida » sous la douche, et si globalement vous préférez le psychédélisme à l’académisme, bienvenue ! Echoes bâtit sa musique et son ambiance, hanté par les spectres de Deep Purple, Pink Floyd, des Doors ou du Velvet. Tous les grands apôtres de la musique en forme de substance illicite sont là, comme une présence bienveillante, jusque dans la production même de l’objet qui nous occupe. Ca fleure bon la prise directe et l’arpège immédiat. Sans trop de questions, sans trop de détours, les morceaux construisent une cathédrale en l’honneur de tout ce qu’il peut y avoir de fantômatique dans le rock, quand le sabbat se ritualise en musique (« Right / Left »).

Alors évidemment comme souvent, les voix d’Aurélien Lecourt (guitare) et Yves-Marie Persil (claviers), souffrent d’un anglais non natif qui peut rebuter des intègres (« Don’t spoil my fun »). Mais elles sont si bien arrangées et enrichies d’harmonies inspirées qu’on peut lui pardonner. Tout cela sent le formol me direz vous alors ? Le rappel aux aînés passe par le respect des sonorités, avec cordes synthétiques à la clé, nappes organiques et solos enfumés (« Iron Bird »). L’héritage est là, il transpire jusque dans une pochette sans artifice, avec une police d’un autre âge.

Les surfboards des Beach Boys à peine rangés, l’avion de Jefferson plane déjà dans un paysage où la flûte n’est pas là un décor, pour faire “genre”. Où les ritournelles nostalgiques font une enthousiasmante crise d’authenticité (« Mandala »). C’est parfois sec, on ne s’embarrasse pas de sophistication ici, on se nourrit d’herbe folle, je vous le rappelle. Echoes nous le dit jusque dans une dernière bouffée énergique : l’avenir est derrière nous.