Memories of a Dead Man - V.I.T.R.I.O.L

09/04/2012

Par Maxime Lalande

Label: Klonosphere / Season of Mist

Site: www.myspace.com/memoriesofadeadman

Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem (V.I.T.R.I.O.L), cette formule ésotérique admet plusieurs interprétations. On pourrait la traduire littéralement ainsi : « visite l’intérieur de la Terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée », la référence à la culture alchimique et à la quête de la pierre philosophale devient alors évidente. Une deuxième lecture plus généraliste transforme cette phrase en assertion philosophique aux propensions socratiques… Mais éloignons nous de ces considérations philosophico-alchimiques pour en venir à la musique que cache ce titre alambiqué.

Moins incisif que sur leur précédente sortie, Memories of a Dead Man n’a cependant rien perdu de sa capacité à nous surprendre, les français jouent en effet avec nos nerfs. L’alternance, ou plutôt la confrontation d‘approches musicales antagonistes (distorsion et growl d’un côté, mélodies égrenées à la guitare et au piano de l’autre) fait naître une tension émotionnelle de tous les instants. L’ensemble montre une belle cohérence et tous les titres ont leur place. D’« On the Heights of Despair », morceau écorché vif où des hurlements d’outre-tombe entraînent poussivement des riffs gras à « Leave Scars » et ses refrains aux relents pop-rock. L’ambiance, elle, est invariante, sombre et tourmentée, elle ne manquera pas, par instants, de nous rappeler Katatonia. « Trismegistus King » et son intro de basse saturée est à l’apogée de ce style glauque et désenchanté.

On voit régulièrement apparaître au fil des pistes d’étranges mesures chantées par des chœurs et qui dégagent paradoxalement une certaine chaleur (« Tomorrow, at Dawn… », « Insomniac Animal », « Leave Scars », « Good Mourning Child »). Ces « refrains » nous laissent recouvrer notre souffle au cours de cette écoute éprouvante et promettent de s’incruster dans la mémoire de l’auditeur. Parmi cette petite heure d’une musique intense et introspective, « INRI », morceau de clôture, sur lequel les subtiles mélodies de piano se marient à merveille avec une saturation rauque et dense, est sans doute le plus réussi de l’album.

Les textes, qu’ils soient chantés, criés ou murmurés, traitent de thèmes propres au genre ; ainsi on ne s’étonnera pas d’y retrouver pêle-mêle l’absurdité de la vie et de la condition humaine, la contingence de notre existence, la mort, la souffrance et autres spéculations désespérées ou mortifères. Ceux-ci sont cependant bien mis en valeur par une production soignée, les guitares sont impeccables et les voix se détachent aisément de l’ensemble.

Memories of a Dead Man incarne, à l’image d’Hypno5e (dont le dernier album est d’ailleurs une réussite) une nouvelle vague du metal progressif français, alchimie d’influences diverses qui distille une musique aussi innovante que déconcertante.