Dark Empire - From Refuge to Ruin

27/03/2012

Par Florent Canepa

Label: Killzone Records

Site: www.myspace.com/darkempireband

Grands adorateurs de speed mélodique, aficionados de tricotages sur le manche, fans ultimes de poussées vocales grandioses, agitez vos fanions pour une nouvelle forme de régime, le Dark Empire. Un régime au régime, car les aliments proposés ici ne sont pas tous de première fraîcheur. Il faudra avoir l’ouverture d’esprit du fervent metalleux et le recul nécessaire pour apprécier le fait que l’on puisse encore bâtir un refuge comme celui-ci de nos jours. Si Yngwie Malmsteen avait eu un peu plus de poils sur le torse, si Symphony X avait décidé de simplifier le jeu, si Nevermore avait oublié d’écouter Queensrÿche, ils auraient sans doute trouvé en Dark Empire leur digne rejeton.

Avec deux essais à son actif, le groupe peut aujourd’hui se targuer d’une production massive. De ce côté-là, rien à dire, après tout, nous sommes aux Etats-Unis, on ne fait pas de la musique avec des consoles des années quatre-vingt. Quand la double pédale retentit, elle s’installe, évite le grotesque (« Dreaming in vengeance »). On ne peut pas en dire autant de l’alternance des voix, entre l’intensité héroïque offerte par Brian Larkin, le chanteur, pas si loin de Russell Allen finalement, et le growl du guitariste Matt Moliti qui ne fait pas toujours le poids. On en oublierait presque d’être subtil, tiens ! Parfois, souvent, on navigue en terrain connu (le riff de « The Crimson Portrait », dont l’intro rappellera des souvenirs aux inconditionnels de Pantera). Naviguer est d’ailleurs le bon terme, tant le cap est clair dans ces eaux musicales troubles, même si la croisière manque sérieusement de surprises. On retrouve dans le morceau titre de l’album quelques tempêtes venant divertir le voyage. Bon, même si, pour la flûte, on retournera à Jethro Tull… Le défilement des riffs hagards power metal de Matt Moliti n’est pas désagréable (« What men call hatred », comme Dream Theater période Train of Thoughts, un peu). L’énergie est bien là, mais celle-ci est ramollie par des fautes de goût (« Dark seeds of depravity », fatiguant) et des écarts de conduite.

On pouvait reprocher la même chose à des groupes allemands comme Edguy ou Rage (dont « Lest Ye Be Judged » est très proche). Mais peut-être qu’à l’heure où des jeunes pousses comme Leprous fleurissent et réussissent à conjuguer force et héroïsme de main de maître, on se dit que cet empire-là part à la bataille sans toutes les armes. Et qu’on ne fasse pas de faux procès de nationalité sur le manque de finesse des groupes américains, que je sache, ils ont aussi The Mars Volta, là-bas !