Flying Colors - Flying Colors

20/03/2012

Par Christophe Manhès

Label: Music Theories Recordings

Site: www.flyingcolorsmusic.com

Quelle affiche ! Cumulé, le CV des membres de Flying Colors doit être aussi long que la liste des décorés de la Légion d’honneur des cinq dernières années ! C’est dire. « Super-groupe » dans la tradition de ceux qui fleurissaient régulièrement durant les seventies, cette nouvelle formation américaine ne comprend pas moins que Mike Portnoy à la batterie, Steve Morse à la guitare et Neal Morse aux claviers, trois musiciens que plus personne ne prend plus la peine de présenter. Viennent s’y ajouter un vieux loup de studio, Dave LaRue à la basse, et un petit nouveau au chant, Casey McPherson, d’Alpha Rev. On attendait donc avec impatience le premier chérubin de cette dream-team qui affiche au compteur, au bas mot deux cents albums !

À l’écoute, Flying Colors se projette sans surprise en terrain connu : ce rock symphonique chromé et lyrique qu’affectionnent particulièrement Mike Portnoy et Neal Morse. Dans l’ensemble, les compositions sont plutôt serrées et auraient sûrement mérité quelques-uns de ces relâchements créatifs auxquels ces instrumentistes nous avaient pourtant régulièrement habitués. Plus gênant encore pour des artistes de cette trempe, l’album met en évidence une digestion peu concluante des influences de chaque musicien. On reconnaît sans effort l’ascendant de Spock’s Beard, Transatlantic et du Steve Morse Band, mais aussi, et de manière un peu trop opportuniste, de Muse (certainement les titres les moins réussis) et du Dave Mathew’s Band. La sauce est donc plus proche de la bouillabaisse que du velouté, et au travers d’une production simple sans être rudimentaire, on cherche en vain la musique du groupe Flying Color…

Malgré tout, aucun de ces fameux musiciens ne démérite vraiment. Steve Morse, tout particulièrement, est toujours excellent, voire enthousiasmant quand il propulse ces envolées virtuoses qu’on lui connaît, depuis ses débuts au sein de Dixie Dregs (cf. le solo de « Kayla »). Mike Portnoy joue sobre, ce qui est presque une première. Neal Morse emballe le tout avec un savoir-faire certain et qu’à la limite on ne remarque même plus. Quant à Dave LaRue, le groupe a bien voulu lui concéder une minute de gloire sur « Forever In A Daze ». Reste Casey McPherson et son timbre calibré, qui fait ce qu’il peut pour rentrer dans le moule imposé par ses aînés, mais avec quelques dégâts quand il s’approche des terres haut perchées du rock symphonique de Muse (“Fool in My Heart” et “All Falls Down”).

Oscillant entre le catalogue de styles mille fois abordés dans leurs groupes respectifs et les clins d’œil sans recul vers les formations à la mode, ce premier album de Flying Colors n’apporte malheureusement rien de nouveau. S’il passe tout seul, il ne s’arrête nulle part. Les fans y trouveront néanmoins de quoi s’y sustenter honnêtement. Mais de « super-groupe », Flying Colors n’en a pour l’instant que le titre sur un dossier de presse.