Adrenaline Mob - Omertá

08/03/2012

Par Dan Tordjman

Label: Elm City Music / Emi

Site: www.adrenalinemob.com

Voici là, un dossier bien épineux. Quel intérêt y a t-il pour une publication comme Chromatique à chroniquer ce – visiblement tant attendu – premier album d’Adrenaline Mob, super-groupe (encore un) comptant en son sein rien moins que Mike Portnoy, Russell Allen et Mike Orlando ? Malgré ce que semblent prouver les expériences passées (UK, BBM, Transatlantic, …), les formations bâties sur de grands noms ne garantissent pas pour autant un succès immédiat. Pour les amateurs de sport, l’équation a déjà été vérifiée de nombreuses fois : de grandes stars ne forment pas pour autant une équipe. Ce principe s’applique également aux musiciens, il faut bien se rendre à l’évidence. Adrenaline Mob et ses trois lascars, c’est un peu le Real Madrid et Cristiano Ronaldo, Kakà et Karim Benzema : on empile les noms prestigieux dans le but d’en faire LA grosse équipe, celle qui est censée écraser tout sur son passage, alliant fluidité, circulation de balle et esprit d’équipe, mais…

Il sera bien difficile à l’amateur de musiques progressives d’adhérer au discours dispensé sur Omertá, car cela suppose d’accepter de passer d’une musique racée, élaborée et soignée a un heavy metal direct et brut de décoffrage, sans penser aux antécédents des protagonistes. Cela vaut surtout pour Allen : même si le propos de Symphony X a durci depuis quelques disques, l’image du colosse version grand méchant loup beuglant tout au long du disque ne passe pas forcément très bien, même si « All on the Line » constitue une petite accalmie. Ce petit moment de douceur bienvenu permet de retrouver enfin le chanteur que l’on découvrit avec Symphony X puis sur Star One & Ayreon.

Une fois fait abstraction du CV, force est de constater que les riffs servis par Mike Orlando sont basiques, lourds et puissants au possible, que Mike Portnoy semble avoir troqué sa batterie contre une enclume et que Russell Allen est à l’image de ses acolytes : libérés d’une certaine restriction musicale à laquelle ils sont régulièrement confrontés dans leurs formations respectives (bien qu’en ce qui concerne Portnoy, le mot restriction ne fasse plus partie de son vocabulaire depuis septembre 2010). Comme pour tout disque – en théorie – il est clair que les musiciens se sont fait plaisir : Adrenaline Mob est donc un groupe de metal, monté par des fans de metal, à destination d’autres fans de metal, un hommage sans concession, aux formations illustres du genre comme Dio, Black Sabbath, Pantera… Mais les plus exigeants ne trouveront absolument pas l’originalité que l’on est en droit d’attendre de pareil casting.

La conséquence de ce « caprice » est que seuls les véritables inconditionnels de Mike Portnoy & Russell Allen seront séduits. Il se pourrait même que certains, curieux de voir leurs idoles évoluer dans un registre différent, soient conquis. Les autres passeront en revanche leur chemin face à cette équipe où l’esprit d’entente est présent mais dans laquelle la circulation de balle et la fluidité laissent encore à désirer, ce qui explique la juste moyenne attribuée ici. Un cran en-dessous et c’était le carton jaune !