Steve Hogarth/Richard Barbieri - Not the Weapon but the Hand

18/01/2012

Par Maxime Delorme

Label: Kscope

Site: www.stevehogarth.com

Voilà un mélange des plus surprenants ! Le premier album de Steve Hogarth, chanteur bien connu de Marillion, et de Richard Barbieri, non moins célèbre claviériste de Porcupine Tree. Deux musiciens à la carrière et au curriculum particulièrement impressionnants se rencontrent pour créer ce qui pourrait le plus se rapprocher du terme « œuvre d’art » dans le domaine musical. Si Richard Barbieri s’occupe de la majeure partie des arrangements et de l’instrumentation, Steve Hogarth, quant à lui, est responsable de l’intégralité des textes, qu’ils soient chantés ou narrés. Comme l’explique Hogarth lui-même, ses idées sont venues se greffer sur des compositions déjà existantes mais non finalisées. Le risque était donc de tomber sur un album bipolaire marquant la personnalité des deux musiciens sans jamais se mélanger. Bien heureusement, Not the Weapon but the Hand est très loin d’être un échec !

La musique est dans la continuité de Stranger Inside, le précédent album de Barbieri, à une différence près … et de taille. Si Stranger Inside ressemblait plus à un fourre-tout d’idées-morceaux de Barbieri, Not the Weapon but the Hand est un ouvrage complet, disposant d’un début, d’une fin, d’une continuité intense et d’une cohérence à toute épreuve. Une nouvelle fois, le claviériste s’illustre par sa capacité à sculpter les sons. Les deux « extrémités » de l’album, « Red Kite » et « Not the Weapon but the Hand » en sont deux exemples frappants sur lesquels les capacités de Barbieri à manipuler le son donnent une texture et une douceur aux mélodies avec lesquelles l’assouplissant de mémé ne pourrait rivaliser ! Plus particulièrement sur la première où les instruments acoustiques (piano, cordes frottées, batterie, contrebasse) se mélangent aux sons électroniques ! Mais les talents de l’artiste ne s’arrêtent pas là puisqu’il se permet en sus de servir à l’auditeur quelques références au trio Jansen/Karn/Barbieri (par exemple sur « A Cat with Seven Soul ») ou d’explorer des sonorités peu familières (comme la wobbling bass sur « Crack » digne d’un morceau de dubstep).

C’est dans ce cadre de mélodies, diverses mais conservant leur identité que Steve Hogarth vient greffer sa voix très british, frêle, parfois chevrotante bercée au gré des marées sonores de Barbieri. Tout comme la musique, son chant prend lentement son envol sur « Red Kite », gagnant en assurance jusqu’à atteindre son apogée sur les morceaux les plus pêchus (« Naked », « Crack » ou encore « Only Love Will Make you Free »). Il s’éteint dans un dernier souffle sur « Not the Weapon but the Hand » en guise de conclusion de l’album. La boucle est bouclée. Les paroles tournent autour de sentiments et même si certains morceaux font apparaître un côté jovial, les textes restent assez sombres, comme en témoignent « I’m gonna make it easy for you to leave » (« Tu veux partir, je vais te faciliter la tâche » sur « Crack ») ou encore « The world is a safer place without your beautiful face » (« Le monde est endroit plus sûr sans ton beau visage » sur « Your Beautiful Face »).

Essai réussi, transformé et magnifié ! C’est un album d’une rare qualité que nous servent les deux Anglais. Les ambiances nous bercent et nous transportent d’un bout à l’autre sans pause. Une pièce qui se dévore au premier degré, mais aussi se savoure et sur laquelle on s’étonnera de rechercher le détail sonore qui surgit de nulle part à chaque seconde de musique. Un album comme on aimerait en voir plus !