Machine Head - Unto the Locust

28/12/2011

Par Aleksandr Lézy

Label: Roadrunner Records

Site: www.machinehead.com

Au commencement, Machine Head c’est le renouveau du thrash metal en pleine déliquescence, un style qui a trop usé ses propres eaux. En 1994, Burn My Eyes incarne les joyaux de la couronne. Ce groupe de la Bay Area dont le chanteur-guitariste n’est autre que Robb Flynn, guitariste prometteur de Vio-lence, réussit un carton plein d’entrée de jeu. L’exploit semble difficile à réitérer. Parfois contestés par un public déboussolé par les dérives nu-metal et l’immersion dans un chant doucereux et mélodique, les albums suivants ne trouvent pas toujours l’accueil mérité. En 2003, les San Franciscains débarrassés de leurs complexes après avoir sans cesse exploré de nouveaux horizons, parviennent à reprendre les commandes de la machine. Through the Ashes of Empires redéfinit les bases de l’édifice mais c’est avec The Blackening quatre ans plus tard que le groupe se forge enfin une image de tête d’affiche de la scène metal. Le petit dernier se nomme Unto the Locust et s’annonce comme un événement à ne rater sous aucun prétexte, mais l’attente associée en aura-t-elle valu la peine ?

Sans même en connaître la teneur, seulement sept nouveaux morceaux en l’espace de quatre ans laissent circonspect : voilà une pingrerie à déplorer ouvertement. Sept, c’est aussi la durée moyenne des titres, comme si la stylisation de ce chiffre représentant une faux, a fortiori symbole de mort offrait une ligne directrice au disque. Sept, symbole du sang, mémoire nutritive de l’âme humaine s’infiltre dans les conduits auditifs puisque le hasard, si c’en est un, fait démarrer Unto the Locust par « I Am Hell (Sonata in C#) », petite œuvre en trois parties joliment introduite par « Sangre Sani ».

Le serpent se mord alors la queue dans un curieux dédale de chant a cappella, de relents « black/death » mélodique, de soli majestueux et de rythmiques heavy. La sauce prend plutôt bien. Phil Demmel a véritablement trouvé sa place : les guitares se confondent à merveille, le sentiment d’osmose participe à la bonne cohésion des compositions, même si les architectures laissent penser à des collages de riffs parfois inadéquats. Cette facette décousue apporte du sang neuf à des structures bien souvent trop simplistes par le passé. Machine Head s’étoffe, refait peau neuve cherchant chaque fois à se dépasser davantage, sans perdre ni de son intégrité ni de sa verve légendaire. La voix de Rob Flynn prend gravement aux tripes dans ce maelstrom sonore que la production galvanise.

Unto the Locust ravive les cendres du phœnix à tête de machine. Le thrash des Américains se modernise et malgré les savoureuses lignes mélodiques distillées dans chaque morceau, celles-ci s’avèrent moins convaincantes que celles de The Blackening. Après de nombreuses années, ce nouveau cru fera partie des gagnants de l’année 2011, mais qu’en restera-t-il dans quelques temps ?