Amplifier - The Octopus

26/12/2011

Par Maxime Delorme

Label: Autoproduction

Site: www.amplifiertheband.com

Difficile de parler d’un concept comme celui de The Octopus sans écrire un véritable roman, un essai ou une thèse. Quatre longues années après la sortie du décevant Insider, les Mancunéens d’Amplifier sont de retour avec non pas une, mais bien deux longues heures de musique estampillée « musique progressive ».

La personnalité du trio est on ne peut plus exacerbée sur cet album concept centré sur une figure emblématique : le poulpe. Si l’image peut paraître saugrenue, elle est terriblement appropriée aux compositions tentaculaires, allant piocher à droite et à gauche dans des styles qu’elles assimilent à une seule et même identité, très présente et très forte. Sel Balamir lui-même présente volontairement The Octopus comme une entité, un organisme vivant, évoluant tout en gardant son essence. Polymorphe, ce disque l’est car les morceaux prennent des formes très différentes (« White Horses at Sea / Utopian Daydream », « Planet of the Insects » ou encore « The Octopus ») tout en gardant le même son lourd, cette voix entêtante et cette basse on ne peut plus grasse. Ce polymorphisme s’étend même jusqu’aux nombreux contributeurs à l’album : sont présents Mike Vennart (feu Oceansize), Rose Kemp ou encore Charlie Barnes, jeune prodige du piano.

Les arrangements, particulièrement soignés, sont pourtant desservis par une production balourde, accentuant le côté gargantuesque de la créature. Mais cette lourdeur est relevée par les passages aériens où Sel Balamir laisse libre cours à sa voix toujours aussi maîtrisée, comme en témoigne le break de « The Wave ». Chaque piste recèle son lot de détails, ses références (comme la ligne de « Set the Controls for the Heart of the Sun » de Pink Floyd, dissimulée sur le morceau « Interstellar ») et il est impossible de ne pas trouver son compte au moins une fois dans ce concept. Quant à l’apprécier dans son intégralité, c’est une autre question : pour avoir visé trop haut, l’album pâtit quelque peu de ses ambitions et les deux heures de musiques sont clairement trop longues, forçant à écouter les deux parties séparément.

Avec le recul et les écoutes nécessaires, The Octopus apparaît comme une pièce maîtresse de la musique progressive actuelle : ambitieux (trop ?), complexe, mystérieux, intriguant. Le poulpe ne se dévoile pas sans un minimum d’efforts et de recherche. Cependant, une fois le voile percé, le tableau se révèle stupéfiant.