Abrete Ganbul - Enjambre Sismico

12/12/2011

Par Christophe Manhès

Label: Altrock Productions

Site: www.myspace.com/abretegandul

Le label transalpin AltRock est en pleine effervescence. Jusque-là plutôt discret, le voilà soudain devenu prolifique, signant des groupes à tout va, probablement porté par le succès — tout au moins critique, il ne faut pas rêver ! — de formations maison comme celles des Biélorusses de Rational Diet et des Italiens de Yūgen. En quelques mois, le label a donc ajouté à son catalogue nombre de groupes généralement versés dans un rock progressif instrumental plus ou moins aventureux. Mais, entre de très belles réussites (celles de Factor Burzaco, Ske) et des épisodes plus douteux (The Nerve Institute, Sanhedrin), il est difficile de trancher aujourd’hui sur la qualité globale de ce cru 2011, pointant ainsi la difficulté du label à négocier l’évolution de sa politique éditoriale. Et il ne faudra pas compter sur les Chiliens d’Abrete Gandul pour faire pencher définitivement la balance.

La musique d’Abrete Gandul se manifeste sous la forme d’un jazz progressif instrumental, au feulement rond et énergique, dans la lignée d’un One Shot en moins sombre, presque cajoleur et, précisons-le, éloigné des tournures les plus novatrices de ses camarades de chambrée. Emmené par un clavier à l’aise dans son rôle de grand ordonnateur, leur style procède par vagues ascendantes et impressionnistes souvent du meilleur effet, surtout dans la première partie de l’album. Mais pas toujours : sur de nombreux titres, notamment les plus longs (« Consecuencia Natural » et « Colapso »), le disque s’enlise dans d’étranges sables mouvants et peine à franchir la ligne d’arrivée, l’imagination comme à bout de souffle. Abrete Gandul donne alors l’impression de tricoter sans être capable de trouver la moindre solution pour libérer une énergie trop contenue. On frise même l’ennui quand intervient le saxe de Leo Arias.

Loin d’être désagréable, Enjambre Sismico évolue dans une ambiance chaude et travaillée, parfois hypnotique, mais ne tient malheureusement pas toutes ses belles promesses. Il aura tout de même fallu à Abrete Gandul près de sept ans pour accoucher de ce troisième album : autant d’années que l’on aurait préférées mieux mises à profit tant il est vrai que trouver des qualités à une musique sans jamais l’adorer a de quoi frustrer.