Sean Filkins - War and Peace & Other Short Stories

21/11/2011

Par Jean-Philippe Haas

Label: Festival Music

Site: www.seanfilkinsmusic.co.uk

Au fil des années qui ont suivi la courte et finalement assez modeste résurgence du prog à papa dans les années quatre-vingt, le terme « néo prog » est devenu pour certains un gros mot, le synonyme de musique pompeuse, ronflante, à base de claviers grandiloquents d’un goût douteux, imitant maladroitement violons et trompettes, de solos de guitare « déchirants » tous inspirés peu ou prou par Gilmour ou Rothery, et de paroles où les mots « dreams », « innocence », « desperation » et autres « shadows » doivent obligatoirement figurer en plusieurs exemplaires, comme autant d’hommages encombrants à la brillance d’écriture de Fish. Depuis un quart de siècle, portant fièrement cet étendard, une multitude de groupes sont apparus aux quatre coins du monde, et pour la plupart d’entre eux retournés aussi sec aux oubliettes. Certains survivent tant bien que mal. Ils s’appellent Pendragon, Pallas, Galahad, Arena, ou encore IQ, sont souvent britanniques et perpétuent, avec beaucoup de conviction et de moins en moins d’audience l’une des facettes du très générique terme « rock progressif ».

Scellée par Sean Filkins, ex chanteur de Big Big Train – un autre groupe à ajouter à la liste ci-dessus – War and Peace & Other Short Stories représente l’une des nombreuses pierres de cet édifice vacillant. Le petit monde du néo prog’ made in UK n’est guère vaste, et Sean Filkins y a ses entrées. Il s’est ainsi adjoint entre autres les services de Gary Chandler (Jadis), John Mitchell (Arena, It Bites) et Lee Abraham (ex-Galahad) qui avait fait appel à lui pour son propre album solo Black & White en 2009. Echange de bons procédés en circuit fermé !

Les premières secondes de « The English Eccentric » laissent craindre qu’on aura affaire à un clone d’Arena, mais fort heureusement, l’ensemble est bien plus nuancé. En effet, avec quelques concessions à la « modernité » (utilisation parcimonieuse de grosses guitares et de la double pédale) et la présence d’instruments variés (flute, sitar, mandoline, didgeridoo…), Filkins parvient à ne pas tomber dans la caricature, malgré des titres à rallonge et quelques dérapages sonores incontrôlés (notamment de vilains claviers sur « Prisoner of Conscience Part 2 »). Acmé de l’album, « Prisoner of Conscience Part 1 », utilise toutes les ficelles du genre et évoque tour à tour Jadis, Marillion première époque, Arena, et même Spock’s Beard (les connaisseurs noteront quelques emprunts osés à « At The End of The Day »). Il faut attendre « Learn How To Learn » pour entendre quelque chose de plus sobre, à la manière de Jon Anderson en solo.

A l’instar de Lee Abraham et de son très honnête Black & White, Filkins parvient, avec tout le savoir-faire anglais, à donner une certaine consistance à cette matière molle et souvent laborieusement façonnée. Si tant est qu’on sache apprécier sa voix particulière, il ne fait pas le moindre doute que ce disque, composé et fignolé petit à petit, acquerra une place honorable au panthéon de plâtre du mal nommé rock néo progressif.