Death - The Sound of Perseverance (réédition)

30/03/2011

Par Jean-Philippe Haas

Label: Relapse Records

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Le parcours de Death contient tous les ingrédients d’un bon sujet sur un groupe de rock : de la provocation, de la controverse, les débuts difficiles, la marginalité avant la reconnaissance artistique et un drame qui met fin à une aventure inachevée. Ainsi, au milieu des années quatre-vingt, Chuck Schuldiner définit les contours d’un nouveau genre de metal extrême, sobrement appelé death metal, enfant rebelle et caractériel du thrash. Tout au long de sa carrière musicale, il n’aura de cesse de faire évoluer son art à travers une sophistication toujours plus poussée, sans renier la brutalité, raison d’être du genre. Avec Death, il enregistre sept albums studio – dont le dernier fait l’objet de la présente réédition – avant que sa lutte contre le cancer ne se termine tragiquement et brise de nouvelles perspectives à peine ébauchées.

Si d’aucuns considèrent Symbolic comme l’apogée du groupe, The Sound of Perseverance marque quant à lui une tentative d’ouverture vers d’autres horizons et parachève une démarche de perfectionnement entamée de longue date. Loin de la fureur primale de Scream Bloody Gore, ce septième fils ne laisse néanmoins aucune place à la compromission. Dix ans après la mort de son géniteur, il confirme plus que jamais son statut d’album culte, unique, à la frontière de nombreux genres. Progressif dans le sens noble du terme, il ne saurait être cantonné à un death metal vaguement évolué, sous prétexte du grunt éraillé de Schuldiner. Pour s’en convaincre, il suffit de poser une oreille sur « Flesh and the Power it Holds », modèle du titre à multiples facettes, ou tout simplement de constater l’étonnante unité de l’œuvre, qui se discerne autant dans la détresse infinie de « Voice of the Soul » que dans la fureur morbide de « Scavenger of Human Sorrow ».

La durée moyenne des pistes s’allonge par rapport à Symbolic, laissant tout le temps et la latitude nécessaires aux compositions pour exprimer leur substance, leurs subtilités. Les cassures et changements de rythme se répandent un peu partout, menés par la batterie à la fois déroutante et sans pitié de Richard Christy. Le niveau technique des musiciens ne laisse d’ailleurs pas d’étonner aujourd’hui encore. Parallèlement, un travail conséquent sur les mélodies et les harmonies se dessine clairement sur la plupart des titres, témoin supplémentaire de cette évolution. La reprise du classique de Judas Priest « Painkiller » ne fait que confirmer cette volonté de se rapprocher d’un bras plus accessible (et gratifiant ?) du métal. En effet, Schuldiner aspirait depuis longtemps déjà à se démarquer des connotations et des limitations du death metal, genre qu’il a considérablement fait évoluer. Son émancipation se concrétisera dès l’année suivante avec le projet heavy metal Control Denied.

Relapse n’a pas fait les choses à moitié, bien que l’album seul, doté d’une seconde jeunesse sonore, se suffise à lui-même. Le ou les disques supplémentaires (selon qu’il s’agisse de la version 2 ou 3 CD) contiennent les demos, des plus primitives aux plus récentes. Leur intérêt reste comme souvent tout relatif, mais donne un bon aperçu du chemin parcouru entre les ébauches et la version finale qui a été enregistrée.

Aucun amateur de musique extrême ou tout simplement ambitieuse ne peut décemment passer à côté de cet édifice aux multiples architectures sans s’en émerveiller ou tout du moins s’en émouvoir d’une manière ou d’une autre. En définitive, cette réédition, dont le seul véritable intérêt, avouons-le, est de remettre en lumière un disque majeur, ne devrait pas manquer d’attirer l’attention du jeune public metal qui en 1998, à défaut de death, écoutait peut-être déjà Henri Dès.