Whitesnake - Forevermore

29/03/2011

Par Pierre Graffin

Label: Frontiers

Site: www.whitesnake.com

Qu’on se le dise, Whitesnake est au metal ce que BHL est à la philosophie : une version très édulcorée, donc. Le groupe de David Coverdale a rencontré un succès commercial massif outre Atlantique dans les années quatre-vingt grâce à des albums calibrés FM, où la part belle était laissée aux claviers et à des mélodies aussi jubilatoires pour certains que dégoulinantes de mièvrerie pour d’autres. Bref, on adorait ou on détestait mais le groupe ne laissait jamais indifférent. Les années quatre-vingt-dix furent un temps de vaches maigres pour le groupe qui ne sortit qu’un seul album, le très moyen Restless Heart, en 1997, qui succédait pourtant à l’excellent Coverdale / Page, fruit de l’association entre David Coverdale et Jimmy Page de Led Zeppelin, paru quatre ans plus tôt.

Le retour eut lieu en 2008 avec l’album Good To Be Bad, soit plus de dix ans après leur dernière sortie, déjà passée relativement inaperçue. Malheureusement, vingt ans après ses derniers succès radiophoniques, Whitesnake s’était fait oublier non seulement du grand public, mais aussi de ses fans de l’époque, à l’instar d’autres formations du même style comme Def Leppard ou, dans une moindre mesure, Bon Jovi. Ce fut d’autant plus dommage qu’en fait de retour, c’était une véritable renaissance pour la (nouvelle) bande de Coverdale qui signait là sans doute l’un de ses meilleurs disques : à la fois offensif, inspiré et mélodique. Exit les claviers : Whitesnake devenait, cette fois, un groupe qui pouvait revendiquer haut et fort l’étiquette de « groupe de metal ». Certes, la voix de Coverdale avait un peu perdu de son panache mais, plus rauque et plus grave, elle seyait à merveille à cet opus.

Alors, l’essai est-il transformé sur ce Forevermore ? N’y allons pas par quatre chemins : hélas, mille fois hélas, non. Malgré une mise en bouche très « rentre dedans » mais plus prometteuse que véritablement réjouissante (« Steal Your Heart Away »), le soufflé retombe dès le deuxième titre. Plus ennuyeux, le reste du disque est presque pénible tant les titres s’enchaînent et se ressemblent. Ainsi, Forevermore donne la désagréable impression d’offrir treize fois la même chanson. Les mélodies sont téléphonées (« Easier Said Than Done ») sinon indigentes (« I Need You (Shine a Light) »). Les refrains sont laborieux (« Love Will Set You Free ») et les paroles idiotes (« I’ve been poor and I’ve been rich, but I’ve always been a son of a bitch » sur « My Evil Ways »). Même lorsque David Coverdale se livre à l’exercice qui fit jadis son succès, la « power ballad », cela tombe lamentablement à l’eau que ce soit sur « Fare Thee Well » ou sur l’insignifiant morceau-titre qui jamais ne décolle malgré une deuxième partie très « metal progressive » dans l’âme.

En conclusion, malgré un gros son et un line-up impressionnant, Forevermore est un disque d’autant plus décevant que son prédécesseur laissait entrevoir un avenir plus souriant. Espérons seulement que ce ne soit qu’un faux pas et que Coverdale nous réserve d’autres belles surprises à l’avenir.