François de Larrard - Zoo

31/01/2011

Par Fanny Layani

Label: Yolk

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Pour survivre, un certain nombre de musiciens sont contraints d’enchaîner les emplois précaires et peu valorisants. Il en est d’autres, et c’est le cas de François de Larrard, qui dans la vie civile sont ce qu’il convient d’appeler « des grosses têtes », et qui cumulent les carrières. Ainsi, ce pianiste nantais, déjà auteur d’une dizaine d’enregistrements, est aussi chercheur et ingénieur.

Ce premier disque pour Yolk inaugure une nouvelle politique du label, qui consiste à proposer à l’auditeur non pas un boîtier cristal, fragile, encombrant et laid, mais un véritable coffret contenant, outre le disque, une série d’œuvres ou d’objets (dans le cas présent, des reproductions de tableaux de Colette Rouillon).

Les douze titres pour piano seul de ce Zoo répondent à un programme précis et explicite. Métaphores de l’enfermement, les sept pièces intitulées « Zoo » fonctionnent selon un principe identique : un ostinato à la main gauche bride l’imaginaire en lui imposant une contrainte rythmique, à l’image des barreaux irrémédiablement interposés entre l’animal et la vie du dehors, tandis que la main droite tente des échappées plus ou moins triomphantes.

Une série d’autres titres de forme bien plus libre vient s’intercaler entre ces prisons, où les notes foisonnent, où la fantaisie et la légèreté s’installent parfois, en contraste total avec les morceaux qui les encadrent. Selon l’humeur, on se prend à préférer l’une ou l’autre des deux tendances, goûtées avec un plaisir égal.

Ce disque intrigant démontre une solide culture pianistique, marquée par l’inévitable influence de Thelonious Monk (ce que la présence de « Monk’s Mood » vient d’ailleurs confirmer), mais aussi par des échos venus du classique (François de Larrard semble bien connaître Francis Poulenc, notamment). Le jeu est actif et minéral, même s’il peut par moments souffrir d’un léger effet « Yamaha qui claque », alors que des moments plus retenus et presque évanescents auraient peut-être appelé plus de douceur.

Ce Zoo relève en définitive de la catégorie trop rare sans doute de la musique construite et qui pense, mais pas seulement. C’est aussi une musique qui sait se souvenir que parfois, à force de tourner en rond dans sa cage, il est bon de se poser un moment, pour simplement respirer.