Pierre Moerlen's Gong - Time Is the Key

28/01/2011

Par Florent Simon

Label: Esoteric Recordings

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Après Downwind, Esoteric Records continue sa plongée dans la discographie de Gong deuxième mouture, en publiant Time Is the Key, lui aussi paru en cette année 1979 qui voit les musiques progressives sombrer au fond du trou. La bande de Pierre Moerlen n’attend pas la fin de l’été pour enregistrer de nouveaux morceaux et sortir ce second disque chez Arista, dont le résultat contient toujours la plupart des clés de son prédécesseur, mais également des éléments nouveaux. La formation reste donc fidèle à un univers jazz-rock instrumental fortement orienté vers les motifs répétitifs et des constructions percussives fournies.

L’auditeur retrouve ainsi vibraphone, marimba ou glockenspiel, pour ne citer que les instruments les plus utilisés, et il est d’ailleurs amusant de constater une analogie évidente avec nombre de groupes de post-rock actuels, qui proposent ces mêmes paysages enchanteurs créés par un foisonnement d’instruments à lames. D’un point de vue structurel, les onze titres font preuve d’une grande cohérence, en formant deux longues suites séparées par quelques courtes pièces augmentant leur envergure. Ces sonorités à l’esprit fusion agrémentées d’un esprit New Age qui les allège ne déconcertent nullement les fans d’obédience jazz.

Time Is the Key est l’objet d’une implication croissante pour Pierre Moerlen qui, en plus de composer encore une fois la quasi-totalité des titres, s’adonne désormais à leur production. En contrepartie, l’équipe qui l’entoure est fortement renouvelée et seul Hansford Rowe reste en place, épaulé par Bon Lozaga à la direction artistique. Benoît Moerlen, le petit frère, plus effacé mais plus affable et supportant de moins en moins la main-mise de son ainé sur le groupe, décide de solder cette rivalité par son départ. Enfin, signe possible d’une assurance accrue ou encore d’une volonté de maîtrise maximale de la part de Pierre Moerlen, seul Allan Holdworth endosse le rôle de l’invité.

Totalement instrumental et plus minimaliste, Time Is the Key ne séduit pas vraiment au premier abord : sons plus synthétiques, mélodiques simplistes et arrière-gout disco n’aident pas à charmer l’oreille. Mais des écoutes répétées font bien vite disparaitre cette impression. N’est-ce d’ailleurs pas là une preuve de richesse artistique que d’induire en erreur le profane qui s’arrêterait à la forme sans creuser le fond ?  Dans tous les cas, des pépites comme « Arabesque » ou la paire « Ard Na Greine » / « Earthrise » permettent à cet album de ne pas sombrer dans les travers de la musique d’ascenseur.

La dernière incarnation décennale de Gong aura donc marqué à la fois par son parti pris instrumental et son esthétique loin du psychédélisme naïf de Camembert Electrique. Accessible et réussi, mais porteur d’une musique affaissée par le poids des années, frôlant aujourd’hui parfois la muzak. Un disque live suivi d’une dernière réalisation orientée jazz avec le saxophoniste Charlie Mariano seront les derniers témoignages de ce groupe qui se reformera sporadiquement jusqu’au décès de Pierre Moerlen en 2005.